Pourquoi Jésus-Christ a fondé une Eglise ?

Problème à résoudre

La question à résoudre peut se formuler ainsi:

Quelle est, parmi les sociétés existant actuellement et se donnant comme chrétiennes, celle que Jésus-Christ a fondée, et à quoi peut-on la reconnaître?

Pour rechercher la véritable Eglise de Jésus-Christ, il faut étudier successivement son institution, ses marques distinctives et ses propriétés essentielles assignées par le Fondateur.

Institution de l’Eglise

Nous avons déjà démontrer que les Évangiles étaient authentiques et que Jésus-Christ était Dieu. Autrement dit, nous sommes désormais certains que Dieu s’est bien révélé et qu’il l’a fait par Jésus-Christ. Nous avons aussi vu tout ce qu’impliquait la divinité de Jésus-Christ, pour lui (nature et attributs) et pour nous (le suivre). Nous nous demanderons maintenant ce qu’a fait le Christ, pour mettre sa révélation à notre portée, à la portée de tous les hommes. Si sa sagesse divine Lui conseillait un moyen souverainement efficace, Il a dû évidemment le prendre; on peut constater ensuite s’il l’a pris en fait. Nous nous poserons donc successivement ces deux questions:

Jésus devait-il fonder dans ce but une société visible et enseignante?

En fait, l’a-t-il fondée?

Jésus-Christ devait fonder une Eglise

Sur ce terrain, une marche progressive s’impose. Deux affirmations sont à distinguer. La nécessité d’un secours quelconque pour conserver la révélation chrétienne et la nécessité morale d’un organisme social et d’une autorité visible. Nous reviendrons ensuite en détails sur chacune de ses affirmations.

Nécessité d’un secours quelconque pour conserver la révélation chrétienne

Un secours quelconque est nécessaire au genre humain, qui permette de conserver, de propager, d’expliquer, la doctrine révélée du Christ, de façon certaine, sans mélange d’erreurs, et pour tous.

Cette nécessité se prouve aisément par l’expérience: ceux qui ont voulu se livrer à leurs propres forces n’ont fait que se disperser en de multiples directions, et ont commis des erreurs nombreuses.

Elle trouve, d’ailleurs son explication 1° dans la nature des vérités révélées, qui sont d’ordre suprasensible, et parfois mystérieuses, donc plus difficiles à retenir et à interpréter; 2° dans la faiblesse des facultés humaines en face de vérités de ce genre; 3° dans les occupations et soucis matériels, qui absorbent un grand nombre d’hommes et les empêchent de se livrer à de longues études personnelles sur ces sujets religieux.

Un secours quelconque est donc nécessaire. Reste à déterminer quel genre est désirable.

Nécessité morale d’un organisme social et d’une autorité visible.

Il convient hautement à la sagesse divine que ce moyen soit une société visible et enseignante; et cette convenance est telle qu’elle équivaut en pratique à une nécessité morale. En face de cette assertion, se dressent les prétentions de l’individualisme moderne, d’origine protestante, et dont Rousseau a été l’un des principaux doctrinaires. D’après cette théorie, l’individu, qui a en lui-même sa fin, se suffirait en tout, sans aucun secours social.

Il est au contraire éminemment désirable et comme moralement nécessaire que le secours accordé aux hommes pour conserver la révélation, c’est-à-dire la règle prochaine de nos croyances, soit une société à magistère infaillible, une autorité doctrinale, vivante et ferme, chargée de conserver la vérité révélée, de la transmettre, et de l’expliquer.

Nécessité pour conserver et propager le christianisme

Jésus Christ devait, pour conserver les vérités de la révélation et les mettre à la portée de tous, prendre le meilleur moyen, le plus simple et le plus efficace : Il ne pouvait pas s’en désintéresser. Or nul moyen, on va le voir, n’est à la fois aussi simple et aussi puissant sur la nature humaine qu’une autorité enseignante sociale. (L’utilisation de verbe comme « devait » ou « ne pouvait pas » ne signifie nullement que Jésus-Christ était contraint par une quelconque force extérieure, comme si sa liberté pouvait être lésée. Ils indiquent simplement que comme Dieu, étant l’être et l’intelligence subsistance, la Sagesse même, tout ce qu’il fit ne pût qu’être parfait et conforme à sa propre sagesse. Le contraire aurait montrer un manque de liberté et donc aurait indiquer l’absence de la divinité. La liberté est la capacité de choisir le bien. Mal faire, c’est faire un mauvaise usage de la liberté qui indique un état de faiblesse et un certain degré de servitude : l’incapacité de faire le bien. Dieu étant la plénitude même du bien et étant entièrement indépendant, il ne saurait pâtir d’aucune servitude ni d’aucune faiblesse: il fait le bien de toute éternité avec la plus pure liberté. Jésus-Christ, en tant que Dieu, était entièrement libre et a fait usage de cette liberté en instituant l’Eglise de la manière la plus adéquate possible.)

La réunion en société constitue pour l’être humain:

1° Un besoin: L’homme est naturellement sociable; en vertu de sa nature sensible et intellectuelle, des moyens de communication avec ses semblables (paroles, sympathie, imitation, etc.) lui ont été donnés en ce but : faciliter les échanges de pensée, les associations d’intérêts, d’aspiration, d’idéal. Les philosophes païens les plus attentifs l’avaient déjà remarqué: Platon, Aristote, Cicéron. C’est pourquoi une forme sociale de religion est nécessaire à l’homme, et il convenait hautement que le moyen choisi par Jésus pour nous transmettre sa révélation fût une société.

2° Une condition de progrès et de stabilité dans tous les domaines (matériel, intellectuel et moral): sans société, l’individu laissé à ses seules forces devrait recommencer sans cesse les efforts opérés par ses prédécesseurs, et l’humanité piétinerait sur place; en société, au contraire, on s’aide, on se transmet les résultats; d’autres poursuivent plus loin les recherches et font de nouvelles découvertes, avançant ainsi dans le sentier tracé. Or, pour le genre d’activité, qui est le but principal de son existence (connaître et servir Dieu selon la révélation divine), l’homme ne saurait être privé d’un tel secours. Puisqu’il a besoin d’un secours, il est normal et sage qu’il jouisse sur ce terrain du moyen naturel et puissant de perfectionnement intellectuel et moral qu’est la société religieuse.

L’Eglise militante et l’Eglise triomphante, Andrea de Florence, 1365

Nécessité pour expliquer et interpréter les vérités révélées

Pour expliquer et interpréter les vérités révélées dans leur véritable sens, une autorité sociale et doctrinale est nécessaire. Le moyen que devait employer Jésus-Christ pour mettre en contact tous les hommes de tous les siècles avec les vérités révélées doit être une règle de foi:

1° sûre et complète, pour donner la sécurité nécessaire en matière de salut;

2° universelle et accessible à tous les temps et à tous les hommes, car c’est à tous que s’adresse la révélation chrétienne;

3° apte à clore et à juger les incertitudes et les controverses qui pourraient s’élever sur le sens de la révélation.

Or, deux moyens pouvaient être employés par Jésus pour nous faire parvenir sa révélation: des documents écrits, laissés à l’interprétation de chacun (car tout texte, l’expérience le prouve, a besoin d’être interprété); ou bien un enseignement authentique et vivant se perpétuant de siècle en siècle. Pouvait-il choisir l’un ou l’autre indifféremment?

Les églises protestantes prétendent que le premier moyen était suffisant et plus normal: la règle de foi serait l’Ecriture sainte seule, interprétée par le libre examen de chaque fidèle, disent les unes, avec l’inspiration du Saint-Esprit à chaque individu, disent les autres.

Les catholiques regardent ce moyen (l’Ecriture) comme insuffisant, et pensent qu’il fallait une autorité vivante et authentique: le magistère infaillible et traditionnel de l’Eglise.

Le système protestant

Il ne présente nullement les garantie les garanties suffisantes et les qualités ci-dessus requises. En effet, de soi, l’Ecriture est morte et demande, en bien des passages, à être interprétée pour retrouver la vrai pensée de l’auteur. Or, les moyens d’interprétation proposés sont illusoires et même dangereux.

I. Théoriquement:

1° Le libre examen en matière de religion détruit la certitude et l’unité de la doctrine. Les intelligences étant bornées et souvent dominées par les passions, chacun verra dans les textes difficiles, ou même dans les passages plus clairs, des sens multiples et contradictoires: l’expérience est là pour le prouver. Or, il n’y a pourtant qu’une même vérité sur un même point.

2° L’inspiration individuelle ne paraît pas convenir à la sagesse divine: Dieu n’a pas coutume, en effet, de multiplier les miracles quand un moyen plus simple (ici, une autorité sociale infaillible) est possible et aussi opérant. De plus, cette inspiration est condamnée par les faits, car le Saint-Esprit, s’il agissait ainsi, inspirerait évidemment la même chose à tous: or, nous savons qu’il y a autant d’interprétations protestantes que d’individus.

3° Même les deux moyens réunis (libre examen aidé par l’inspiration) ne sont ni à la portée de tous: il faudrait savoir lire, avoir le temps d’étudier en détail, de commenter; ni une règle sûre et complète: les protestants eux-mêmes admettent des vérités non contenues dans l’Ecriture; ni apte à clore les controverses: où serait l’autorité capable d’imposer une solution au libre examen ou à l’inspiration d’autres individus égaux, s’il y avait entre eux divergence ou même contradiction?

II. Pratiquement

De tels moyens d’interprétation engendrent:

1° Le fanatisme: on s’attache à son sens ou à celui qu’on se croit inspiré.

2° La corruption des mœurs: on cherche des sens qui légitiment les passions.

3° La libre pensée et l’indifférence en matière de religion: si plusieurs affirmations contradictoires peuvent être acceptées, cela met en défiance contre la vérité de toutes.

Le système catholique

Par Magistère infaillible et traditionnel, il faut entendre un organe de transmission et de tradition qui nous livre (tradere = livrer) les vérités révélées par Jésus; l’exercice d’une autorité sociale de d’enseignement infaillible et vivant, qui se présente à nous, au siècle où nous sommes, comme le représentant du Christ et l’interprète authentique de sa révélation. Or, ce moyen possède avec évidence les trois qualités énoncées ci-dessus.

Parce que infaillible et indéfectible, cette autorité sociale est sûre et complète quant aux vérités, et elle donne ainsi toute sécurité; universelle quant aux sujets à qui elle s’adresse; apte à clore efficacement et avec autorité toutes les difficulté d’interprétation qui peuvent s’élever, car cet organe, toujours vivant, présente de façon authentique la pensée même du Christ.

C’est donc un tel moyen que sa sagesse commandait au Christ de choisir.


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