La véritable Eglise

Le lecteur ayant lu les sections apologétique précédentes avec honnêteté devrait être convaincu que la religion fondée par Jésus-Christ, Fils de Dieu, est divine, et donc, seule, révélation divine, à l’exclusion de toutes les autres religions.

Mais, plusieurs groupements se disent chacun être la véritable religion de Jésus-Christ: Eglise catholique; églises protestantes et orientales; sectes diverses et prophètes plus ou moins farfelus. Il n’y en a pourtant qu’une seule qui soit vraie. En effet, elles différent toutes sur des points essentiels qui s’excluent mutuellement [par exemple, on ne peut pas soutenir en même temps que le Pape est le vicaire de Jésus-Christ et le chef de son Eglise à qui il faut obéir pour se sauver (les catholiques) et qu’il ne l’est pas (les protestants et les orientaux séparés de Rome). Ce serait dire que la réalité est contradictoire, ce qui est absurde. Ce serait faire la promotion d’une vision subjectiviste et relativiste des choses, théorie qui pose des problèmes importants (Voir La recherche de la vérité).]. Or il n’y a qu’une vérité sur chaque point et Notre-Seigneur n’a fondé qu’une seule religion.

Où est donc la véritable religion de Jésus-Christ? C’est ce qui nous reste à découvrir afin que chacun puisse être éclairé sur le véritable sens de sa vie, qu’il puisse en comprendre la destinée objective et se mettre à travailler pour l’accomplir. Il est vrai que l’existence d’une multitude de systèmes philosophiques et de courants religieux découragent nos contemporains. Ils sont parfois tentés d’abandonner les grandes questions de la vie sous prétexte que les réponses à ces questions ne sont ni connaissables ni unanimes. Pourtant, la multiplicité des conceptions subjectives n’atteint en rien l’unité de la réalité objective. La connaissance suppose en effet un objet extérieur à connaître et un sujet (un homme par exemple) qui le connaît. Sujet et objet sont distincts. Si la connaissance du sujet dépend entièrement de l’existence de l’objet duquel elle tire son contenu, l’inverse n’est pas vrai. La relation est asymétrique. L’objet existe antérieurement à la connaissance du sujet (il faut bien qu’une chose soit pour qu’on la connaisse ensuite) et indépendamment de cette connaissance. Si donc les conceptions sont multiples, c’est que les hommes qui appréhendent la réalité font des erreurs: leur connaissance n’est pas toujours conforme à son objet. Cela est dû aux mauvaises méthodes utilisées (car il faut bien raisonner pour trouver la vérité), aux défauts de la volonté (car il faut vouloir honnêtement trouver la vérité), à l’oubli de données importantes du réel (voir un aspect de la réalité et en oublier un autre), à des facteurs sociaux plus généraux (situation familiale, intérêts, mentalité, conformisme etc.) ou tout simplement à l’absence de l’objet à connaître (si par exemple un homme, sans faute de sa part, n’a jamais entendu parler d’une chose, il se trompe mais ne peut pas faire autrement étant donné l’absence d’objet à saisir). Par exemple: soit un groupe d’amis qui se perd en forêt alors qu’ils doivent rejoindre leur point de départ. Ils discutent et argumentent entre eux pour savoir quel chemin emprunter pour être de retour rapidement. Supposons que trois propositions s’affrontent. Ce n’est pas parce qu’il y a trois propositions que les trois sont vraies. En réalité, malgré la pluralité des propositions, une seule (ou aucune) est la bonne et permettra de rejoindre la but rapidement. De même pour un problème de mathématique: le bon élève met son raisonnement sur papier et écrit la réponse puis rend sa copie au professeur. Evidemment, tout le monde n’est pas bon élève (cela se saurait…), la diversité des notes en témoignent. Le cancre, le mauvais élève ou l’élève travailleur mais peu doué, vont proposer une réponse à leur tout et rendre leur copie. Mais, qui prétendra que chacun a trouvé la solution alors qu’ils ont tous proposé des réponses différentes? Certainement pas le professeur qui connaît la vérité en ce sujet et qui corrigera les copies en conséquences. Nous voyons encore une fois que la réalité objective ne dépend pas des propositions subjectives apportées pour la mettre en lumière (ces propositions sont susceptibles d’être fausses, si elles ne correspondent pas à la réalité, ou vraies si elles sont conformes à leur objet) mais existe en elle-même. Il en est de même pour les conceptions religieuses. Ce n’est pas parce qu’il y en a de nombreuses qu’il n’existe pas de vraie religion. Il faut comme toujours mener un raisonnement correct et être de bonne volonté pour espérer la trouver.

Pour ce faire, nous examinerons quelles sont les marques ou notes distinctives et exclusives que Jésus-Christ a données à son Eglise en l’instituant. Ensuite, nous verrons quelle société réalise en effet ces marques et correspond bien à l’Eglise telle qu’elle a été instituée par Jésus-Christ.

Origine et sens du terme « Eglise »

La religion laissée par le Christ est désignée dans l’Évangile sous les noms de « royaume de Dieu« , « royaume des cieux« , ou encore « Eglise » (Saint Matthieu, chap. XVI et XVIII). C’est ce dernier terme qui a prévalu. Étudions-en les divers sens.

Sens étymologique

En grec, le mot « église », ekklêsia ( ἐκκλησία) signifie « assemblée par convocation » ou « assemblée« . Le latin « ecclesia » signifie aussi « assemblée« .

Sens biblique

Dans la Saint Ecriture, le mot « église » signifie « assemblée des fidèles; ensemble des fidèles d’une localité; société universelle des fidèles« .

Sens usuel

Le sens usuel selon lequel nous l’entendons ici, l’Eglise est la « Société des fidèles qui croient en Jésus-Christ« . On peut envisager cette société d’une façon plus ou moins étendue:

Au sens large, elle comprend tous les croyants: de l’Ancien et du Nouveau Testament; vivants (Eglise militante) ou disparus (Eglise souffrante au purgatoire, Eglise triomphante au paradis).

Au sens précis, on entends par là: 1° la société, c’est-à-dire l’union des volontés pour un même but, 2° des vivants, réunis par la professions d’une même foi en Jésus-Christ, et la participation aux mêmes biens spirituels, 3° sous l’autorité des chefs représentant le divin fondateur.

Les divers groupements chrétiens

Il est nécessaire de les caractériser brièvement avant d’entreprendre l’étude qui nous reste à faire. Trois confessions principales se présentent à nous avec des caractères historiques et intrinsèques (doctrine, culte, morale) assez nets pour que nous puissions les distinguer.

L’Eglise Catholique Romaine

Elle s’offre à nos regards comme une société solidement organisée dont l’unité dogmatique, morale et cultuelle est assurée par une autorité enseignante s’affirmant infaillible, exerçant dans le domaine disciplinaire une juridiction suprême. Ce Chef est l’évêque de Rome, qui, par ses innombrables prédécesseurs qui se sont succédé sans interruption (exerçant la même mission essentielle: la même doctrine, le même culte, la même morale en vue de la même fin qui est le salut des âmes et la gloire de Dieu), se rattache au Chef des Apôtres, Saint Pierre, et par lui au Christ.

La doctrine de Jésus, conservée et enseignée par l’Eglise Romaine, est exposée dans des symboles antiques, des conciles, des catéchismes et par d’autre moyens (pastorale, sermons etc.). Depuis vingt siècles, cette société vivace et active a produit et produit sans cesse des fruits de sainteté dans les diverses nations du monde connu à chaque époque; d’où son nom de catholique, c’est à dire universel.

Les églises protestantes ou réformées

Ces groupements affirment aussi remonter au Christ, mais en se dissociant au XVIème siècle de la société romaine sous l’influence de « réformateurs ».

Ces prétendus rénovateurs furent:

En Allemagne

Luther (1483-1546), moine apostat, orgueilleux, débauché et cruel (il suffit d’étudier sa vie et ses écrits honnêtement pour s’en convaincre: il n’y a qu’excès, mauvaise foi, haine et déséquilibre), qui prêcha une doctrine nouvelle et entraîna dans sa révolte une partie de l’Allemagne, grâce à l’appui des princes, spoliateurs de l’Eglise. Il se montra ouvertement hostile à l’Eglise Catholique Romaine par la publication de ses « 95 thèses » en 1517. En 1521, il fut, lui et ses disciples, expulsés du sein de l’Eglise Catholique Romaine.

En Suisse et en France

Zwingle (1484-1531) et Calvin (1509-1564), le premier curé dans le canton de Glaris, le second étudiant en droit, puis professeur de théologie à Genève, où il exerça la plus sanglante intransigeance en faisant condamner au feu ses contradicteurs et opprima tous les droits religieux et civils de la population. Il fût un véritable tyran capricieux et orgueilleux.

En Angleterre

Henri VIII (1491-1547), roi d’Angleterre de 1509 à sa mort, qui, n’ayant pu faire annuler son mariage par le Pape (il était marié à Catherine d’Aragon. Mais son caractère licencieux et frivole le poussa à prendre des maîtresses dans l’entourage de sa femme, dont Mary Boleyn. Puis, il s’attacha à la sœur de Mary, Anne Boleyn, pris la décision de l’épouser pour satisfaire ses désirs, puis finit par la mettre à mort…) sépara son royaume de l’unité romaine, en attendant que ses successeurs introduisent la doctrine protestante. Ce personnage excessif et déséquilibré se maria à six reprises et fit exécuter deux de ses femmes, Anne Boleyn et Catherine Howard. Tous ces événements malheureux ont été produits par les passions déréglées de Henri VIII qui souhaitait arrivé à ses fins sans aucune considération du bien commun, de l’honneur et de la vérité, mais par une obéissance aveugle à ses caprices et un utilitarisme machiavélique. Il fut excommunié par le Pape en 1534

Doctrine fondamentale de l’église réformée

Elle consiste principalement en deux points:

1° L’homme (qui n’est d’ailleurs pas libre) est justifié par la seule foi sans les oeuvres, qui sont inefficaces aussi bien que le culte, les Sacrements et les indulgences.

2° La seule règle de foi est l’Ecriture Sainte interprétée par l’individu, soit seul, soit inspirée par l’Esprit-Saint (en cas d’interprétations diverses, Dieu, acte pur et unique vérité, les ayant toutes inspirées, serait alors l’auteur de l’erreur?…). D’où il suit que l’Eglise du Christ est une Eglise invisible, formée des seuls justes, et sans hiérarchie.

Ces deux dogmes étaient des dissolvants parfaits (qui ne servaient qu’à satisfaire l’orgueil humain, les intérêts personnels des princes, excuser la licence et détruire la hiérarchie catholique): on le vit bien vite par la floraison d’une multitude de doctrines se prétendant toutes inspirées, et d’une poussière de sectes opposées qui, pour subsister, devaient, sans craindre l’illogisme, se donner une organisation extérieure (pasteurs et parfois « évêques »).

L’état actuel du protestantisme

Nous devinons trois grands tronçons principaux : le luthéranisme, répandu surtout en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Hollande et un peu en Angleterre et en Amérique; le calvinisme (Suisse, Allemagne, quelques régions de la France; Pays-Bas; Ecosse) et l’Anglicanisme, présentant une physionomie particulière. A ces groupes historiques principaux ce sont ajouté d’innombrables sectes. Les plus répandues aujourd’hui sont les groupes évangéliques (anabaptisme, baptisme, pentecôtisme), surtout présents en Amérique et en Afrique. Cet éparpillement potentiellement infini et de fait toujours exponentiel (des « prophètes » se disant inspirés naissent à peu près tous les jours en Afrique et en Amérique) est une conséquence du libre examen. Tous ces groupes s’opposent donc sans posséder en leur sein les principes nécessaires pour démontrer l’erreur des autres (contrairement au catholicisme qui professe que la révélation ne peut-être interprétée que par l’Eglise catholique et son chef, le Pape): le libre examen et le primat de l’expérience subjective une fois posés, toute tentative de réfutation objective s’évanouit. Ce seul fait pourrait suffire à exclure le protestantisme de l’examen sur la véritable Eglise de Jésus-Christ.

Chacun est divisé en une foule de factions dissidentes et rivales s’opposant par le dogme, la morale et l’organisation: les unes niant certains Sacrements ou même tous; d’autres les acceptant comme purs symboles, d’autre enfin comme canaux de la grâce: puritains, anabaptistes, sociniens, méthodistes, mormons, unitaires, armée du salut, protestants conservateurs, protestants libéraux etc.

L’Anglicanisme en particulier, dont la doctrine est contenue dans les 39 articles de la confession de foi et le Livre de la prière publique (« Common Prayer-book ») est divisé e, trois groupes principaux: 1° La Haute-Eglise, la plus « proche » du catholicisme, dont la fraction la plus élevée (ritualisme ou puseyisme), issue du mouvement d’Oxford (1833-1850), ne diffère de l’Eglise romaine, en ce qui concerne le dogme, que sur l’infaillibilité pontificale et l’Immaculée-Conception; 2° La Basse-Eglise (ou évangélique) à tendance calvinistes; 3° et l’Eglise Large, aux dogmes rares et à la moralité relâchée.

Comme nous l’avons dit, ces variations continuelles et cet émiettement à l’extrême sont l’aboutissement logique du principe posé.

Les églises grecques et orientales dites « orthodoxes », en schisme avec Rome

Elles constituent un autre groupe de rameaux chrétiens qui ont voulu vivre d’une vie autonome, en dehors de la communion et de la communauté religieuses avec l’évêque de Rome.

La plupart de ces églises devinrent indépendantes par l’intermédiaire des patriarches de Constantinople, auxquels elles étaient soumises.

Or, ces patriarches, sous l’influence de l’antipathie des Orientaux et Occidentaux et avec la faveur du pouvoir impérial qui désirait exercer plus d’emprise sur les choses religieuses, grâce enfin à l’ambition personnelle de quelques-uns d’entre eux, provoquèrent la constitution en église autocéphale de toute la chrétienté d’Orient dépendant de leur patriarcat. Les deux principaux auteurs de cette manoeuvre furent:

Au IXème siècle, Photius, patriarche usurpateur nommé par le régent Bardas et qui provoqua une séparation momentanée avec Rome.

Au XIème siècle, Michel Cérullaire, intrigant et ambitieux, qui, en 1054, sous des prétextes divers, consomma la scission. Les invasions turques et la chute de l’Empire d’Orient (1453), desserrant les liens avec Constantinople, amenèrent la constitution de nombreuses églises nationales. Celle de Russie domina longtemps moralement. Plusieurs essais de réunion, soit avec l’Eglise Romaine (plus de 20 en quatre siècles), soit avec le protestantisme, furent vainement tentés.

La doctrine des schismatiques orientaux

Elle s’éloigne sur un assez grand nombre de points de celle de l’Eglise Romain. Au point du vue dogmatique, seuls les sept premiers Conciles œcuméniques sont acceptés; la doctrine des Sacrements: Baptême, Pénitence, Extrême-Onction, Ordre, Mariage, est différente sur plusieurs points; on admet ni le Purgatoire, ni l’Immaculée-Conception; l’Eglise du Christ serait formée d’églises nationales autonomes; pas de primauté ni d’infaillibilité pontificale, car tous les Apôtres ou évêques sont égaux ; Saint Pierre n’aurait reçu qu’un préséance d’honneur passée d’abord à l’évêque de Rome, puis à celui de Constantinople. L’infaillibilité appartient au corps épiscopal dans son ensemble. Enfin, le Saint-Esprit ne procéderait que du Père; d’où les difficultés touchant l’insertion du mot Filioque dans le Symbole de Nicée, qu’on prétexta dès le début. Le divergences sont plus nombreuses encore touchant la discipline et la liturgie (mariage des simples prêtres, baptême par immersion, etc.).

Etat actuel de ces églises nationales autonomes

Elles sont réparties en églises nationales formant quatre groupes: 1° grec (Constantinople, Grèce, Chypre); 2° gréco-arabe (Palestine, Syrie, Egypte); 3° slave (Russie, Bulgarie, Yougo-Slavie); 4° roumain (Roumanie et Transylvanie, une partie de la Pologne et de la Hongrie.

On peut y rattacher aussi un certain nombre d’églises séparées orientales provenant des hérésies anciennes sur la nature du Christ (nestorianisme et eutychianisme): Eglise copte (en Egypte et Abyssinie); arménienne; chaldéenne, et jacobite (Syrie et Mésopotamie).

L’ensemble forme donc, on le voit, un groupe assez peu homogène, dont les éléments sont tous plus ou moins influencées par le pouvoir national et civil en chaque nation. Encore de nos jours, les division continuent à se multiplier (voir Le schisme dans le schisme).

Problème à résoudre

La question à résoudre peut se formuler ainsi:

Quelle est, parmi les sociétés existant actuellement et se donnant comme chrétiennes, celle que Jésus-Christ a fondée, et à quoi peut-on la reconnaître?

Pour rechercher la véritable Eglise de Jésus-Christ, il faut étudier successivement son institution, ses marques distinctives et ses propriétés essentielles assignées par le Fondateur.

Institution de l’Eglise

Nous avons déjà démontrer que les Évangiles étaient authentiques et que Jésus-Christ était Dieu. Autrement dit, nous sommes désormais certains que Dieu s’est bien révélé et qu’il l’a fait par Jésus-Christ. Nous avons aussi vu tout ce que impliquait la divinité de Jésus-Christ, pour lui (nature et attributs) et pour nous (le suivre). Nous nous demanderons maintenant ce qu’a fait le Christ, pour mettre sa révélation à notre portée, à la portée de tous les hommes. Si sa sagesse divine Lui conseillait un moyen souverainement efficace, Il a dû évidemment le prendre; on peut constater ensuite s’il l’a pris en fait. Nous nous poserons donc successivement ces deux questions:

Jésus devait-il fonder dans ce but une société visible et enseignante?

En fait, l’a-t-il fondée?

Jésus-Christ devait fonder une Eglise

Sur ce terrain, une marche progressive s’impose. Deux affirmations sont à distinguer. La nécessité d’un secours quelconque pour conserver la révélation chrétienne et la nécessité morale d’un organisme social et d’une autorité visible. Nous reviendrons ensuite en détails sur chacune de ses affirmations.

Nécessité d’un secours quelconque pour conserver la révélation chrétienne

Un secours quelconque est nécessaire au genre humain, qui permette de conserver, de propager, d’expliquer, la doctrine révélée du Christ, de façon certaine, sans mélange d’erreurs, et pour tous.

Cette nécessité se prouve aisément par l’expérience: ceux qui ont voulu se livrer à leurs propres forces n’ont fait que se disperser en de multiples directions, et ont commis des erreurs nombreuses.

Elle trouve, d’ailleurs son explication 1° dans la nature des vérités révélées, qui sont d’ordre suprasensible, et parfois mystérieuses, donc plus difficiles à retenir et à interpréter; 2° dans la faiblesse des facultés humaines en face de vérités de ce genre; 3° dans les occupations et soucis matériels, qui absorbent un grand nombre d’hommes et les empêchent de se livrer à de longues études personnelles sur ces sujets religieux.

Un secours quelconque est donc nécessaire. Reste à déterminer quel genre est désirable.

Nécessité morale d’un organisme social et d’une autorité visible.

Il convient hautement à la sagesse divine que ce moyen soit une société visible et enseignante; et cette convenance est telle qu’elle équivaut en pratique à une nécessité morale. En face de cette assertion, se dressent les prétentions de l’individualisme moderne, d’origine protestante, et dont Rousseau a été l’un des principaux doctrinaires. D’après cette théorie, l’individu, qui a en lui-même sa fin, se suffirait en tout, sans aucun secours social.

Il est au contraire éminemment désirable et comme moralement nécessaire que le secours accordé aux hommes pour conserver la révélation, c’est-à-dire la règle prochaine de nos croyances, soit une société à magistère infaillible, une autorité doctrinale, vivante et ferme, chargée de conserver la vérité révélée, de la transmettre, et de l’expliquer.

Nécessité pour conserver et propager le christianisme

Jésus Christ devait, pour conserver les vérités de la révélation et les mettre à la portée de tous, prendre le meilleur moyen, le plus simple et le plus efficace : Il ne pouvait pas s’en désintéresser. Or nul moyen, on va le voir, n’est à la fois aussi simple et aussi puissant sur la nature humaine qu’une autorité enseignante sociale. (L’utilisation de verbe comme « devait » ou « ne pouvait pas » ne signifie nullement que Jésus-Christ était contraint par une quelconque force extérieure, comme si sa liberté pouvait être lésée. Ils indiquent simplement que comme Dieu, étant l’être et l’intelligence subsistance, la Sagesse même, tout ce qu’il fit ne pût qu’être parfait et conforme à sa propre sagesse. Le contraire aurait montrer un manque de liberté et donc aurait indiquer l’absence de la divinité. La liberté est la capacité de choisir le bien. Mal faire, c’est faire un mauvaise usage de la liberté qui indique un état de faiblesse et un certain degré de servitude : l’incapacité de faire le bien. Dieu étant la plénitude même du bien et étant entièrement indépendant, il ne saurait pâtir d’aucune servitude ni d’aucune faiblesse: il fait le bien de toute éternité avec la plus pure liberté. Jésus-Christ, en tant que Dieu, était entièrement libre et a fait usage de cette liberté en instituant l’Eglise de la manière la plus adéquate possible.)

La réunion en société constitue pour l’être humain:

1° Un besoin: L’homme est naturellement sociable; en vertu de sa nature sensible et intellectuelle, des moyens de communication avec ses semblables (paroles, sympathie, imitation, etc.) lui ont été donnés en ce but : faciliter les échanges de pensée, les associations d’intérêts, d’aspiration, d’idéal. Les philosophes païens les plus attentifs l’avaient déjà remarqué: Platon, Aristote, Cicéron. C’est pourquoi une forme sociale de religion est nécessaire à l’homme, et il convenait hautement que le moyen choisi par Jésus pour nous transmettre sa révélation fût une société.

2° Une condition de progrès et de stabilité dans tous les domaines (matériel, intellectuel et moral): sans société, l’individu laissé à ses seules forces devrait recommencer sans cesse les efforts opérés par ses prédécesseurs, et l’humanité piétinerait sur place; en société, au contraire, on s’aide, on se transmet les résultats; d’autres poursuivent plus loin les recherches et font de nouvelles découvertes, avançant ainsi dans le sentier tracé. Or, pour le genre d’activité, qui est le but principal de son existence (connaître et servir Dieu selon la révélation divine), l’homme ne saurait être privé d’un tel secours. Puisqu’il a besoin d’un secours, il est normal et sage qu’il jouisse sur ce terrain du moyen naturel et puissant de perfectionnement intellectuel et moral qu’est la société religieuse.

Nécessité pour expliquer et interpréter les vérités révélées

Pour expliquer et interpréter les vérités révélées dans leur véritable sens, une autorité sociale et doctrinale est nécessaire. Le moyen que devait employer Jésus-Christ pour mettre en contact tous les hommes de tous les siècles avec les vérités révélées doit être une règle de foi:

1° sûre et complète, pour donner la sécurité nécessaire en matière de salut;

2° universelle et accessible à tous les temps et à tous les hommes, car c’est à tous que s’adresse la révélation chrétienne;

3° apte à clore et à juger les incertitudes et les controverses qui pourraient s’élever sur le sens de la révélation.

Or, deux moyens pouvaient être employés par Jésus pour nous faire parvenir sa révélation: des documents écrits, laissés à l’interprétation de chacun (car tout texte, l’expérience le prouve, a besoin d’être interprété); ou bien un enseignement authentique et vivant se perpétuant de siècle en siècle. Pouvait-il choisir l’un ou l’autre indifféremment?

Les églises protestantes prétendent que le premier moyen était suffisant et plus normal: la règle de foi serait l’Ecriture sainte seule, interprétée par le libre examen de chaque fidèle, disent les unes, avec l’inspiration du Saint-Esprit à chaque individu, disent les autres.

Les catholiques regardent ce moyen (l’Ecriture) comme insuffisant, et pensent qu’il fallait une autorité vivante et authentique: le magistère infaillible et traditionnel de l’Eglise.

Le système protestant

Il ne présente nullement les garantie les garanties suffisantes et les qualités ci-dessus requises. En effet, de soi, l’Ecriture est morte et demande, en bien des passages, à être interprétée pour retrouver la vrai pensée de l’auteur. Or, les moyens d’interprétation proposés sont illusoires et même dangereux.

I. Théoriquement:

1° Le libre examen en matière de religion détruit la certitude et l’unité de la doctrine. Les intelligences étant bornées et souvent dominées par les passions, chacun verra dans les textes difficiles, ou même dans les passages plus clairs, des sens multiples et contradictoires: l’expérience est là pour le prouver. Or, il n’y a pourtant qu’une même vérité sur un même point.

2° L’inspiration individuelle ne paraît pas convenir à la sagesse divine: Dieu n’a pas coutume, en effet, de multiplier les miracles quand un moyen plus simple (ici, une autorité sociale infaillible) est possible et aussi opérant. De plus, cette inspiration est condamnée par les faits, car le Saint-Esprit, s’il agissait ainsi, inspirerait évidemment la même chose à tous: or, nous savons qu’il y a autant d’interprétations protestantes que d’individus.

3° Même les deux moyens réunis (libre examen aidé par l’inspiration) ne sont ni à la portée de tous: il faudrait savoir lire, avoir le temps d’étudier en détail, de commenter; ni une règle sûre et complète: les protestants eux-mêmes admettent des vérités non contenues dans l’Ecriture; ni apte à clore les controverses: où serait l’autorité capable d’imposer une solution au libre examen ou à l’inspiration d’autres individus égaux, s’il y avait entre eux divergence ou même contradiction?

II. Pratiquement

De tels moyens d’interprétation engendrent:

1° Le fanatisme: on s’attache à son sens ou à celui qu’on se croit inspiré.

2° La corruption des mœurs: on cherche des sens qui légitiment les passions.

3° La libre pensée et l’indifférence en matière de religion: si plusieurs affirmations contradictoires peuvent être acceptées, cela met en défiance contre la vérité de toutes.

Le système catholique

Par Magistère infaillible et traditionnel, il faut entendre un organe de transmission et de tradition qui nous livre (tradere = livrer) les vérités révélées par Jésus; l’exercice d’une autorité sociale de d’enseignement infaillible et vivant, qui se présente à nous, au siècle où nous sommes, comme le représentant du Christ et l’interprète authentique de sa révélation. Or, ce moyen possède avec évidence les trois qualités énoncées ci-dessus.

Parce que infaillible et indéfectible, cette autorité sociale est sûre et complète quant aux vérités, et elle donne ainsi toute sécurité; universelle quant aux sujets à qui elle s’adresse; apte à clore efficacement et avec autorité toutes les difficulté d’interprétation qui peuvent s’élever, car cet organe, toujours vivant, présente de façon authentique la pensée même du Christ.

C’est donc un tel moyen que sa sagesse commandait au Christ de choisir.

Jésus-Christ a fondé une Eglise

Les deux conceptions sur la règle de la foi se retrouvent ici. Quel est le moyen de conserver, propager, expliquer, la doctrine instituée de fait par Jésus-Christ?

Les uns (protestants ou héritiers de l’individualisme moderne) disent: un moyen purement intérieur, individuel;

Les autres (catholiques), conformément aux documents historiques de l’Évangile et à la tradition, disent: une autorité visible et sociale.

Jésus-Christ a institué lui-même, réellement, une Eglise, société hiérarchique visible

La raison le montre

Ce que Jésus devait faire, il l’a fait certainement. L’institution d’une société religieuse était moralement nécessaire, nous l’avons vu, au bon succès définitif de la mission de Jésus. Or, Notre-Seigneur est Dieu, et possède toute lumière sur ce qui est utile ou nécessaire à l’avenir de son oeuvre. Donc il a institué une société religieuse visible.

Le texte évangélique le prouve

Cet argument basé sur les textes de l’Évangile (spécialement Saint Mattheiu XVI, 17, 20; XVIII, 18; XVIII, 18, 20; Saint Luc, XXII, 32; Saint Jean, XXI, 15), est tiré des paroles de Jésus:

1° à Saint Pierre:

« Tu es Pierre, et, sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans le ciel. Tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié dans le ciel. » (Mt. XVI, 18-20) « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, t’étant repenti, un jour, affermis tes frères. » (Luc, XXII, 32) « Pais, mes agneaux, pais mes brebis. » (Jn. XXI, 15)

2° aux apôtres unis à Saint Pierre:

« Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel; tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » (Mt. XVIII, 18)

Selon tous ces textes concordants, Jésus promet d’abord (ce qui nous donne déjà une certitude absolue, puisque Jésus, Dieu, est sincère et puissant), puis Il réalise l’institution d’une société religieuse extérieure, visible, avec tous ses éléments énoncés.

Il en est le fondateur

« Je bâtirai mon Eglise« , « Je te donnerai les clés du royaume des cieux. », « Pais, mes agneaux, pais mes brebis. » Il en reste le chef invisible et indéfectible: « Je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles.« 

Ce qu’Il fonde, c’est une Eglise

En effet, c’est une collectivité visible d’êtres corporels, unis par les liens et extérieurs. On en trouve la preuve:

1° Dans les termes et comparaisons employés: royaume, famille, cité, filet plein de poissons; bercail, troupeau, maison; Eglise, c’est-à-dire société, réunion visible.

2° Par les liens qui unissent les membres de la société: pour y entrer, le rite visible du baptême, précédé d’une profession extérieure de foi (« celui qui croira, et sera baptisé » (Mc. XVI, 16)); dans la suite: participation aux mêmes biens (sacrements), et obéissance aux mêmes chefs visibles (« s’il n’écoute pas l’Eglise, qu’il soit comme un païen et un publicain » (Mt. XVIII, 17))

Il donne une autorité à cette société

A cette société, Il donne une autorité constitutive, des chefs, avec un rôle visible (« Désormais, tu seras pêcheurs d’hommes » (Luc, V, 10)). Ce sont les apôtres et leurs successeurs. Il choisit un chef suprême, qui paît les brebis (pasteurs secondaires) comme les agneaux (fidèles). Paître signifie diriger, guider, prendre soin, gouverner, donner au troupeau avec l’autorité du pasteur, tout ce qui lui est nécessaire:

« Tu es Pierre, et, sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » (Mt., XVI, 18), c’est-à-dire: tu es le principe de la solidité de ma société. Or, dans une société, le principe de solidité est l’autorité, qui unit et dirige les volontés, vers le même but, pas les moyens adéquats.

« Je te donnerai les clés » (Mt., XVI, 19), c’est-à-dire: la puissance souveraine sur le royaume des cieux. Or, ce royaume des cieux, c’est l’Eglise de la terre, qui mène aux cieux, car, au ciel, il n’est pas besoin d’autorité autre que celle de Dieu.

A ces chefs, il donne les pouvoirs nécessaires pour une société de ce genre:

1° le Pouvoir d’enseignement pour éclairer les intelligences; à Pierre: « Affermis tes frères » (Luc, XXII, 32) puis à tous: « Allez, enseignez toutes les nations » (Mt., XXVIII, 19).

2° Pouvoir de gouvernement obligeant et guidant les volontés, qui doivent obéir sous peine de condamnation. A saint Pierre puis à tous (Mt., XVI, 19 puis XVIII, 18): « Tout ce que tu liera (commanderas) sera lié dans le ciel« , c’est-à-dire, obligera en conscience, devant Dieu, car l’obligation (ob-ligare) n’est pas autre chose qu’un lien de la conscience, le pouvoir capable d’imposer ce lien n’est autre que l’autorité, le gouvernement. A saint Pierre: « Pais mes agneaux, mes brebis » (Jean, XXI, 15), donne tout ce qui est nécessaire: pour cela, il faut pouvoir commander. De ce pouvoir de gouvernement découle le pouvoir de jugement: « Si quelqu’un n’obéit pas à l’Eglise, qu’il soit regardé comme un païen et un publicain.« 

3° Pouvoir d’ordre ou de sanctification: pouvoir d’administrer les sacrements, biens de l’Eglise et canaux de la grâce: « Baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt., XXVIII, 19) et « Faites ceci en mémoire de moi. » (Luc, XXII, 19)

Le but de la société (salut et sanctification des membres, continuation de la mission du Christ) se poursuit par des moyens extérieurs et sociaux: participation aux sacrement, biens communs de la société.

Ces enseignements sont réunis, résumés comme en un testament, dans les dernières paroles de Notre-Seigneur, rapportées dans l’évangile de Saint Matthieu (XXVIII, 19, 20) et de Saint Jean (XX, 23):

« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre: Allez donc, instruisez toutes les nations (pouvoir d’enseignement). Baptisez-les, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (pouvoir d’ordre). Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit (pouvoir de gouvernement). Les péchés seront remis à qui vous les remettrez (pouvoir de jugement et d’ordre). Voici que je suis avec vous, jusqu’à la fin du monde (perpétuité, infaillibilité). Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé (liens visibles).

Donc Jésus a voulu fonder, et a fondé une société religieuse, hiérarchique et visible: son Eglise.

L’histoire des premiers temps de l’Eglise prouve aussi l’institution de cette société

C’est elle, en effet, que nous voyons fonctionner des le christianisme primitif.

Les faits constatés

Cette société religieuse organisée (elle a toujours été la même dans son essence mais a connu des évolutions accidentelles au cours du temps: liées aux moyens disponibles, au développement extérieure de l’institution, à son influence etc.) apparaît, soit en Palestine, soit dans le monde païen, comme un corps social, distinct de la religion juive, et possédant:

1° Une hiérarchie visible: les chefs sous l’autorité de Pierre sont les apôtres et ceux qu’ils choisissent pour les aider et les suppléer; ils dirigent, commandent, gouvernent les volontés des nouveaux convertis, jugent et punissent les violateurs de la loi nouvelle (Actes, V, 1, 12) (II, Corinth., II).

2° Un pouvoir enseignant, qui se présente de façon catégorique et infaillible comme transmettant les paroles du Christ, que les apôtres imposent en intermédiaires authentiques: « Ils ne peuvent pas ne pas parler » (Actes, IV, 19, 21); concile de Jérusalem en 51 sur l’abandon des pratiques de la loi mosaïque auxquelles les anciens juifs étaient attachés.

3° Des rites extérieurs spécifiquement chrétiens, qui constituent l’entrée dans la société ou y assurent la vie cultuelle; le baptême [Saint Pierre lors d’un prédication à Jérusalem: Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour la rémission de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit (Actes, II, 38). Trois mille personnes environ furent baptisées ce jour-là (Actes, II, 41); Le diacre Philippe baptisa le ministre de Candace, reine d’Éthiopie, dans un cours d’eau (Actes, VIII, 36)], l’imposition des mains [C’est ainsi que firent Pierre et Jean avec les convertis de Samarie : ils … prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent l’Esprit-Saint : car il n’était encore descendu sur aucun d’eux, mais ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils leur imposaient les mains, et ils recevaient l’Esprit-Saint (Actes VIII, 14-17). Saint Paul imposa les mains sur les baptisés d’Éphèse et l’Esprit-Saint vint sur eux ; et ils parlaient diverses langues et prophétisaient (Actes, XIX, 6)], les onctions, la fraction du pain ou Eucharistie. Or, tout ceci correspond à l’institution de Jésus lui-même et nous en est une nouvelle garantie.

La valeur de ces faits

En effet, il n’y a pas eu d’interruption entre les ordres donnés par Jésus et l’établissement de cette société hiérarchique. Sans doute, l’Eglise n’est pas apparue d’un seul coup, toute faite pour ainsi dire et avec tous les rouages que nous lui connaissons aujourd’hui (d’un point de vue humain, extérieur, institutionnel, dans l’exposition de plus en plus précise de la révélation etc.). Mais, aussitôt après le Pentecôte, les apôtres ont commencé à réaliser le plan dicté par Jésus, et l’ont réalisé dans ces lignes essentielles (les pouvoirs de gouvernement, d’enseignement, de sanctification, l’unité, la sainteté, l’apostolicité et la catholicité). Les Actes des apôtres sont la mise en oeuvre immédiate de l’Évangile.

Les témoins

Nous en avons d’ailleurs divers autres témoins, qui nous permettent de remonter jusqu’aux âges apostoliques:

IIe siècle (fin)

Saint Irénée montre dans le caractère hiérarchique de l’Eglise un fait notoire et incontestée, institué par Jésus et les apôtres. Il ne l’aurait pas pu si cette hiérarchie avait été de fondation récente: de nombreuses contestations se seraient élevées. Or saint Irénée était témoin pour Rome, l’Orient et la Gaule, et touchait par son maître, saint Polycarpe, disciple de Saint Jean, à l’époque primitive de l’Eglise.

IIe siècle (milieu)

Saint Polycarpe affirme, lui aussi, que les pasteurs sont les gardiens de la foi et les chefs de la hiérarchie. Divers autres auteurs affirment également: l’existence de chefs reconnus, évêques successeurs des apôtres (Hégésippe), le Pontife de Rome (Denys de Corinthe); et l’identité permanente dans la foi et les sacrements (Albercius).

IIe siècle (début)

Saint Ignace d’Antioche.

Ier siècle (fin)

Saint Clément de Rome, disciple immédiat de saint Pierre et de saint Paul. Tous deux (Ignace et Clément) montrent dans la société instituée par le Christ une hiérarchie gouvernant les églises pour garder la tradition, sous l’autorité universelle de l’Eglise de Rome.

Ainsi, l’Évangile et l’histoire coïncident très nettement sur le point qui nous intéresse: le Christ a donc institué une autorité sociale de magistère, de gouvernement et de sanctification des âmes: son Eglise.

Trois conséquences découlent de cette conclusion:

1° Jésus-Christ n’a institué qu’une seule Eglise, tout le prouve. Les paroles de Jésus et des apôtres sont formelle: « Il n’y a qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur. » (Jean, X, 16); « Une seule foi, un seul baptême, un seul corps. » (épître aux éphésiens, IV, 4, 5). L’homme, d’ailleurs, a un besoin absolu de cette unité. Pour lui, la diversité tuerait la certitude. Puisque, sur chaque point dogmatique et moral, il n’y a qu’une vérité, deux sociétés, naturellement distinctes en quelques points, ne peuvent venir également de Dieu.

2° Il y a une obligation stricte, de rechercher l’Eglise unique instituée par Jésus-Christ. L’indifférentisme religieux est donc à la fois illogique en lui-même; injurieux pour Dieu et Jésus, qui ont désigné un chemin à suivre; dangereux, et même gravement périlleux dans ses conséquences pour nous-mêmes. Nous devons donc et nous allons poursuivre nos recherches.

3° L’Eglise unique fondée par Jésus-Christ doit donc être reconnaissable à certaines marques; c’est ce que nous allons maintenant constater.

Visibilité et marques de la véritable Eglise

Notions générales

La visibilité

Nous venons de voir que Jésus-Christ, pour continuer son oeuvre, avait fonder une, et une seule société enseignement visible. Non seulement en ce sens que les membres sont des êtres visibles; mais que la société, comme telle, est constituée par des liens visibles (visibilité de la société, comme société). Ces liens sont au nombre de trois principaux: 1° la profession extérieure de la foi, 2° l’obéissance aux pasteurs légitimes, 3° la participation aux sacrements. Cependant, cela ne suffit pas évidemment pour reconnaître la véritable Eglise, fondée par Jésus, il faut aussi que son caractère d’Eglise du Christ soit visible, reconnaissable. Il faut qu’elle soit visible en tant que société du Christ, fondée par le Christ.

Les trois sortes de visibilité ont été voulues par le Christ pour son Eglise. C’est déjà par les deux premières. Notre-Seigneur a voulu des membres visibles (Il parle de troupeau, famille, etc.). Il a voulu aussi des liens sociaux visibles: les sacrements, rites sensibles extérieurs; la profession de la foi: « Celui qui aura cru et aura été baptisé, sera sauvé. » (Marc, XVI, 16). Or, cette foi, pour amener au baptême, doit être évidemment extérieurement professée; Enfin, l’obéissance extérieure aux chefs: « Si quelqu’un n’obéit pas à l’Eglise, qu’il soit regardé comme un païen et un publicain. » Pour la visibilité en tant que véritable Eglise du Christ, Notre-Seigneur l’a voulu aussi: il oblige, sous peine de damnation, à entrer en son Eglise, à pratiquer sa religion, à obéir aux lois de l’Eglise du Christ. Cela est de nécessité de moyen pour le salut: qui ne croira pas, sera condamné (Marc, XVI, 16); qui n’obéira pas, doit être regardé comme un païen. or, pour cela, il faut bien que l’Eglise du Christ soit reconnaissable, comme telle, visible en tant que société du Christ. Autrement, on ne peut être obligé d’y croire, d’y entrer, de lui obéir. Aussi, pour cela, Il donne à son Eglise des « marques » ou « notes » distinctives. Il dit par exemple: « Soyez ‘un » comme mon Père, et moi, nous sommes « un » » (Jean XVII, 21), « Aimez-vous les uns les autres. A cela on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. » (Jean XIII, 34-35). Que faut-il donc entendre par ces marques, ou notes, de la véritable Eglise de Jésus-Christ?

Les marques

On appelle marques ou notes des propriétés visibles en elles-mêmes, qui prouvent et montrent que telle société est l’Eglise fondée par le Christ, c’est-à-dire la rendent visible et reconnaissable en tant qu’Eglise du Christ, et permettent de la distinguer des fausses religions.

Les marques sont de deux sortes:

1° Les marques négatives, dont l’absence montre la fausseté de la société, par exemple: une société ayant une doctrine immorale qui permet l’homicide, ou tout autre crime ne sera pas la vraie Eglise du Christ. Et l’on arrive à la vraie Eglise du Christ par élimination des fausses. Il peut, d’ailleurs, y avoir un grand nombre de notes négatives.

2° Les marques positives, dont la présence montre directement la vérité de telle société, d’après la volonté et les paroles de Notre-Seigneur. On le voit aisément, cette méthode est plus directe et plus rapide: quand on a découvert la vraie Eglise du Christ, il est facile d’éliminer les autres, puisqu’il ne peut y en avoir qu’une.

Pour avoir une note positive, il faut avoir une propriété:

1° essentielle et inhérente à la société qu’il s’agit de montrer, c’est-à-dire, qui soit contenue dans la nature de cette société; c’est, en effet, une des caractères d’une marque, à la différence des miracles ou des signes extérieurs: un miracle s’ajoute à la doctrine qu’il démontre; une marque, au contraire, fait partie de la société qu’elle rend visible.

2° intrinsèquement visible, perceptible par elle-même, plus visible que la chose à démontrer, c’est-à-dire que la vérité de telle société comme Eglise du Christ. La marque diffère ainsi des simple propriétés, comme l’infaillibilité, qui peuvent être propres et essentielles à l’Eglise du Christ, mais ne sont pas extérieurement discernables (et surtout naturellement démontrable en soi puisque c’est une connaissance surnaturelle révélée).

3° Exclusive, c’est-à-dire, ne pouvant appartenir qu’à une seule société, à l’exclusion des autres; soit à cause de la volonté même et de l’institution du Christ, qui l’a déterminée une fois pour toutes; soit par son caractère miraculeux, qui en fait un apanage d’une seule société, Dieu ne pouvant en soutenir qu’un de façon miraculeuse.

Les notes de l’Eglise

Il y a quatre marques ou notes principales de l’Eglise; elles ont été énoncées et présentées comme telles par le Concile de Nicée-Constantinople, dans la rédaction de son symbole (IVe siècle).

Trois sont exclusives par leur caractère miraculeux donné par Jésus: l’unité, la catholicité, la sainteté; la quatrième est exclusive de par la volonté du Christ; et en elle-même, ne peut appartenir qu’à une société: c’est l’apostolicité. Elle présente, d’ailleurs, par le fait de la stabilité qu’elle suppose et entraîne, un aspect miraculeux.

Nous étudierons avant tout chaque marque comme note positive et nous examinerons successivement la volonté du Christ, c’est-à-dire ce que Notre-Seigneur a voulu pour son Eglise; la société où elle se trouve réalisée, en commençant par l’Eglise romaine, à laquelle nous avons le bonheur d’appartenir, et qui possède ces marques comme Notre-Seigneur les a voulues; puis on peut voir, comme confirmation que les autres sociétés ne possèdent pas ces marques: c’est alors l’étude de la marque envisagée comme négative.

L’Unité

L’unité voulue par Jésus-Christ

Notre-Seigneur a voulu que son Eglise:

1° Ait l’unité, comme marque distinctive: « Qu’il n’y ait qu’un seul troupeau, un seul pasteur. Que tous soient un, comme mon Père et moi sommes un.« .

Cette unité se manifeste dans la doctrine: « Qu’ils soient un pour que tous croient que vous m’avez envoyé, ô mon Père. », « Une seule foi« , dira saint Paul. Cette unité doit être assurée par le magistère infaillible de saint Pierre: « Celui qui ne croira pas sera condamné » et ne fera plus partie de l’Eglise.

L’unité se manifeste aussi dans le gouvernement avec pouvoir législatif et judiciaire ayant pour tête l’apôtre saint Pierre. « Un seul pasteur; sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. Pais (toi seul) mes agneaux (fidèles) et aussi, mes brebis (pasteurs secondaires) ». Sans cette soumission, on n’est plus de son Eglise, on est comme un païen, un publicain.

Cette unité est aussi une unité de moyens de sanctification: un seul pouvoir d’ordre, et les mêmes sacrements: « Faites ceci en mémoire de moi.« 

2° présente grâce à son unité les caractères d’une marque positive, car elle est un propriété:

a) essentielle et inhérente à la société, c’est la société qui doit être une: doctrine, gouvernement et moyens de sanctification sont les éléments constitutifs de l’Eglise.

b) visible en elle-même: on peut constater aisément cette uniformité d’enseignement, de croyances et de lois.

c) qui, par son caractère miraculeux, ne peut appartenir qu’à une seule société et lui est exclusivement propre.

En effet, cette unité voulue par Notre-Seigneur est un miracle moral, car c’est une unité catholique (universelle): entre les hommes de nations, de caractère, de condition, de sexe, d’âges différents et dispersés par toute la terre: « Allez, enseignez toutes les nations. » Or, on sait combien il est difficile de s’entendre sur des questions aussi importantes que les questions religieuse entre gens de temps, de pays et d’esprits si différents. Dans l’antiquité, chaque religion était nationale, le culte des dieux particuliers étant un élément de la patrie. Comment amener tous ces hommes de tous les temps et de tous les lieux à croire les mêmes vérités, à pratiquer les mêmes devoir et le même culte?

C’est aussi une unité surnaturelle, et non quelconque: « Soyez un comme mon Père et moi sommes un. » Son modèle est donc l’unité même des personnes divines, ce qui est au-dessus des lois ordinaires de la nature morale.

Elle est dans l’Eglise Romaine

L’Eglise romaine, c’est-à-dire la société dont le chef visible est le Pape, évêque de Rome, est en possession de cette marque. Elle possède l’unité voulue par Notre-Seigneur:

1° Unité de foi, conservée par le magistère infaillible. Et cela en tout temps et en tous lieux, non par immobilité routinière, mais dans un développement normal et sans contradiction, comme celui de l’organisme qui grandit ou de la graine qui devient un grand arbre. Cette unité a été conservée malgré les obstacles et les erreurs provenant des impies et des hérétiques, que l’Eglise a toujours rejetés de son sein.

2° Unité de gouvernement: autorité suprême unique du Pontife romain sur les divers diocèses et ordres religieux. Qui ne s’y soumet pas s’exclut par le fait même de l’Eglise.

3° Unité de sacrements et de moyens de sanctification: même pouvoir d’ordre; tout ce qu’il y a d’essentiel dans l’administration des sacrements, le saint sacrifice de la messe, le culte des saints, est commun aux divers liturgies adaptées aux divers temps et lieux; c’est une unité précise et sûre dans une riche variété. Là encore, qui ne s’y soumet pas est exclu de droit.

Cette unité est une marque positive, car elle est visible, inhérente et miraculeuse: une unité aussi parfaite dans une société catholique qui enseigne une doctrine mystérieuse des préceptes difficiles est au-dessus des forces de la nature.

Elle n’est pas dans les autres sociétés

En fait, l’Eglise romaine, seule, possède cette unité. Les autres sociétés ne l’ont pas. Il est, en effet, deux groupes de sectes qui disent aussi venir du Christ: les sociétés protestantes et grecques orthodoxes.

Les églises protestantes

Ces sociétés ne possèdent:

1° Ni l’unité de gouvernement: pas de chef unique, toutes sont indépendantes, les unes des autres; quelques-unes ont même supprimé toute hiérarchie et rejettent l’épiscopat.

2° Ni l’unité de doctrine, à laquelle s’oppose directement le principe du libre examen. Si Bossuet vivait encore, il pourrait rechercher et trouver à l’infini des « variations » entre les multiples sectes: luthériennes, calvinistes, anglicanes, entre leurs branches innombrables et même à l’intérieur de chaque branche.

3° Ni l’unité de culte, brisée par la même raison. On ne s’entend pas sur le nombre et les rites essentiels des sacrements, le saint sacrifice de la messe, et les autres pratiques cultuelles.

Les églises schismatiques orientales

Elles n’ont pas non plus:

1° L’unité de gouvernement puisqu’elles ne reconnaissent pas un chef unique et comprennent quinze ou seize groupes, ayant chacun son autonomie.

2° L’autorité doctrinale universellement reconnue qui puisse interpréter de façon uniforme les dogmes acceptés par toutes et venant des sept premiers conciles œcuméniques o universels (conciles qu’ils jugent légitimes en général). L’existence de ces conciles généraux, seule autorité admise par ces églises, est rendue impossible pour elles en raison de leur séparation même d’avec l’Eglise romaine.

3° Les moyens nécessaires (l’autorité unique et universelle) pour conserver au culte son uniformité essentielle, même si l’unité de culte peut accidentellement perdurer grâce à ce qu’ils ont pu plus ou moins conserver de l’Eglise catholique.

On constate donc que l’Eglise Romaine possède, et possède seule, l’unité voulue par Notre-Seigneur, et, de ce fait, est la seule véritable Eglise de Jésus-Christ.

La Catholicité

Catholicité veut dire universalité. Pour une société, c’est la diffusion dans tout le monde: c’est un grand nombre de fidèles d’une multitude de nations. La catholicité suppose l’unité (il faut que ce soit la même société qui soit répandue), mais elle en diffère: unité dit cohésion, et catholicité dit expansion, diffusion.

Il faut distinguer plusieurs sortes de catholicités:

1° La catholicité de droit ou qualitative: aptitude à s’adapter à tous les temps, pays, climats, âges, mœurs, etc.; force d’expansion de la société.

2° La catholicité de fait ou réelle: diffusion partout en fait. Cette diffusion est absolue, si la société existe dans toutes les provinces absolument et toujours; elle est relative physiquement, si la société est répandue dans toutes les régions connues à chaque époque; elle relative moralement, si elle existe dans un nombre suffisant de régions connues à chaque époque pour pouvoir représenter l’univers entier.

La catholicité voulue par Jésus-Christ

Notre-Seigneur a voulu que son Eglise soit catholique de droit et de fait. On le prouve:

1° Par les paroles, actes, promesses de Notre-Seigneur: « Enseignez toutes les nations (toute créature) jusqu’aux extrémités de la terre. » Il fonde une seule religion, obligatoire pour tous les hommes. Donc, Il veut bien qu’elle se répande partout.

2° Cela correspond au caractère universel donné à l’Eglise par les prophéties faites sur Notre-Seigneur, et qu’il affirme être venu accomplir.

3° Cependant, il n’a pas voulu une catholicité nécessairement absolue, mais une diffusion progressive. Il compare son Eglise au levain, qui, « peu à peu« , fait fermenter toute la masse; au grain de sénevé (Marc, IV, 31), qui, « petit à petit« , germe et devient un arbre, où viennent se réfugier tous les oiseaux du ciel. Il est facile, d’ailleurs, de voir cette progression dans la parole de Notre-Seigneur: « Vous serez témoins à Jérusalem, en Judée, en Samarie et dans le monde entier. » (Actes, I, 8)

4° Il n’a pas voulu non plus, une catholicité physique (puisqu’il laisse le soin de cette diffusion à la liberté humaine, toujours faillible, et dont les moyens sont limités), mais une catholicité relative et morale; diffusion dans un nombre suffisant de régions assez différentes et nombreuses pour représenter l’ensemble du monde connu à chaque époque.

Cette catholicité réalise toutes les conditions nécessaires pour être une marque positive. En effet, elle est:

1° Essentielle et inhérente à l’Eglise du Christ: c’est sa société, qui doit être universellement répandue.

2° Visible au plus haut degré: on constate aisément où une religion est répandue.

3° Propre à l’Eglise du Christ et à elle seule: cette Eglise, par son caractère universel, en face des tendances nationales et particularistes, qui sont bien le mode constant d’agir des hommes en matière religieuse, doit constituer un perpétuel miracle moral.

Elle est dans l’Eglise Romaine

L’Eglise Romaine possède la catholicité, marque positive, en droit et en fait:

1° Catholicité de droit: par sa doctrine, sa constitution, sa morale, elle exclut l’individualisme et est au-dessus du nationalisme; elle peut s’adapter à toutes les races, à tous les temps, à tous les milieux, à tous les pays; les faits eux-mêmes ont prouvé cette possibilité.

2° Catholicité de fait progressive, relative, morale, ce que prouvent: la propagation rapide des premiers siècles « jusqu’aux extrémités de la terre » (Saint Paul), « partout » (Saint Marc, Tertullien); l’existence permanent des missions catholiques dans les diverses parties du monde, à mesure que des nouveaux pays sont découverts et abordables (le fait que cette permanence ait eu lieu suffit [en Amérique au XVIe siècle, en Afrique et en Asie au XIXe et XXe], même si elle n’est plus présente en acte à telle ou telle période de l’histoire comme aujourd’hui par exemple); le nom caractéristique de « catholique », toujours possédé par elle, sans contestation.

Cette catholicité est une marque positive et exclusive. C’est un miracle moral:

1° Pour le prouver, on pourrait d’abord se servir des mêmes arguments que pour la propagation et la conservation du christianisme: il n’y a pas proportion entre les moyens employés et les obstacles à cette diffusion universelle d’une religion mystérieuse et austère.

2° La difficulté, et donc le miracle, augmentent encore si cette diffusion s’étend à des pays, des époques et des milieux très divers. Cette capacité d’adaptation et cette adaptation réelle sans déformation constituent un miracle hors pair. Et, à ce titre, elles ne peuvent appartenir qu’à une seule société, pour laquelle Dieu s’engage ainsi. Donc, l’Eglise catholique possède la catholicité telle qu’elle a été voulue par Notre-Seigneur comme marque positive. Donc, elle est la véritable Eglise du Christ.

Elle n’est pas dans les autres société

Si l’on envisage le point de vue négatif, on constate qu’au contraire les autres sociétés: sectes protestantes, églises orthodoxes, n’ont pas la catholicité:

1° Les multiples fractions du protestantisme ne peuvent y prétendre, car leur multiplicité même et leur désunion les en empêche. Chacune d’elles occupe un ou quelques pays, ici c’est l’une qui est répandue, ailleurs, c’est l’autre. Ce n’est pas la même religion, la même société. Là où il n’y a pas unité, la catholicité est impossible.

2° Les mêmes remarques sont à faire pour les églises orientales; il faut même ajouter que leur ardeur missionnaire est à peu près nulle et que chacune reste confinée dans la partie de l’Orient où elle existe déjà.

Donc seule, l’Eglise Romaine possède la catholicité voulue par Jésus-Christ. Seule, elle est donc sa véritable Eglise.

La Sainteté

Dieu est la sainteté même, c’est-à-dire Il a sa volonté inviolablement fixée en l’amour souverain du Bien, qui est lui-même, et la haine du péché. La sainteté est donc l’union à Dieu: amour et pratique du bien, haine et fuite du mal. L’hommes est saint dans la mesure où il réalise cette union avec Dieu.

Une chose est sainte 1° soit quand elle a un rapport de sainteté avec une personne, comme moyen de sanctification; 2° soit quand elle a appartenu ou touché à une personne sainte (reliques); 3° soit quand elle la représente (images). Une société est dite sainte quand 1° elle sanctifie ses membres; 2° par des moyens efficaces.

Il y a des conditions pour que la sainteté constitue, au profit d’une société religieuse, une marque positive. Elle doit être:

1° Inhérente à la société en tant que groupement: la sainteté des membres comme personnes privées ne suffit pas. Il faut l’influence des principes appartenant à la société et rendant ses membres saints. Mais il n’est pas nécessaire que tous les adhérents soient saints.

2° Visible, soit comme sainteté de principes (lois, institutions, rites du culte, moyens de sanctification), soit comme sainteté des membres, manifestée par leurs actes.

3° Exclusive, ne pouvant appartenir qu’à une seule société, et cela par son caractère miraculeux: non pas sainteté ordinaire, quelconque, mais héroïque, enseignée et proposée par les principes, et surtout réalisée par les membres. Cette sainteté héroïque n’est pas autre chose que la pratique prolongée de toutes les vertus, ce qui, nous l’avons dit, constitue un miracle moral (voir Sainteté de Notre-Seigneur).

La sainteté voulue par Jésus

Notre-Seigneur a voulu que son Eglise ait la sainteté dans tous les domaines:

1° Sainteté des principes: Ceux qu’Il lui donne à répandre, spécialement dans le Sermon sur la montagne, constituent un Code parfait de sainteté, à la base duquel Il place la transformation intérieure, la lutte contre les passions (égoïsme, orgueil, jouissance), surtout l’amour de Dieu et du prochain, et l’accomplissement en toutes choses de la volonté divine. Il promet l’efficacité des moyens de sainteté, spécialement de la prière en son nom: « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom (dans les choses du salut, surtout), Il vous l’accordera. » (Jean, XIV, 13-14; Mt., XXI, 22).

2° Sainteté des membres: ceux qu’il désire dans son Eglise, et les seuls qu’Il récompensera par l’entrée au ciel, sont ceux qui font fructifier, par leurs efforts et les bonnes actions méritoires, les grâces reçues de Dieu (Parabole des talents, Mt., XXV, 14); ceux qui ont préféré le bon grain des vertus à l’ivraie des vices (Parabole de l’ivraie, Mt., XII, 24); ceux qui gardent leur âme revêtue de la robe nuptiale, symbole de pureté et de charité, c’est-à-dire de la grâce sanctifiante (Parabole des invités au festins, Mt., XXII, 1-14).

Or, cette sainteté constitue une marque positive, inhérente, visible et exclusive au sens indiqué ci-dessus. Il suffit de la considérer dans les principes et dans les membres pour voir qu’elle inclut l’héroïsme et suppose souvent le miracle:

1° Dans les principes: amour de Dieu par dessus tout, principe de tous les renoncements: « Celui qui aime son Père ou sa mère plus que moi, et ne renonce pas à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même à sa propre vie, ne peut être mon disciple. » (Mt., X, 37). Mortification continuelle de soi-même, par la lutte contre les passions et les mauvaises tendances: « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il porte sa croix tous les jours de sa vie. » (Luc, IX, 23). Ses disciples sont les pauvres, les purs, ceux qui souffrent persécution pour la justice, toutes choses dures à la nature. Il faut y ajouter quelques préceptes, par exemple, l’amour des ennemis, le pardon des injures, et, pour ceux qu’il y appelle spécialement, les conseils évangéliques: pauvreté, chasteté, obéissance complètes.

2° Dans les membres; leur sainteté doit être parfaite et surnaturelle. Ils doivent se rapprocher de la sainteté de Dieu: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Soyez un (unis à Dieu, et entre vous), comme mon Père et moi nous sommes un. » (Mt., V, 48). Il faut demeurer unis à Dieu, à Jésus, par la grâce sanctifiante, et s’y perfectionner: « Je suis le cep; vous êtes les branches. Demeurez en mon amour. » (Jean, XV, 5), « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean, XV, 5; car c’est d’une sainteté surnaturelle qu’il s’agit.), « Qu’ils soient un, ô Père, comme nous sommes un: moi en eux, et vous en moi; qu’ils soient consommés dans l’unité, pour que le monde sache que vous m’avez envoyé! » (Saint Jean, XVII, 23). Et saint Paul constate: « Le Christ se livre à Dieu comme Rédempteur, pour se donner une Eglise glorieuse, sans tâche, ni ride, une Eglise sainte et immaculée. » (Ephésiens, V, 27).

Elle se trouve dans l’Eglise Romaine

L’Eglise Romaine possède la sainteté, marque positive, c’est-à-dire la sainteté allant jusqu’au degré héroïque et miraculeux. Soit dans les principes:

1° L’idéal d’abord et la règle à suivre: doctrine élevée et qui dirige toute la morale; lois complètes et parfaites, fermes et précises; conseils. Tout le dogme et la morale traduisent exactement l’idéal de la perfection voulu par Jésus en son Eglise; tout tend à assurer la fuite du péché, la conservation de la vie divine, l’imitation de la sainteté de Jésus.

2° Et, pour y arriver, des moyens puissants sont mis à la disposition de tous: prière, sacrements, sont appropriés aux nécessités diverses de la vie surnaturelle; liturgie et culte rapprochent l’âme de Dieu et lui font puiser aux dogmes et aux mystères de Jésus les leçons de vertus et les grâces surnaturelles qu’ils contiennent.

3° Les multiples ordres religieux offrent aux âmes avides de perfection des voies qui mènent à toutes les forme d’abnégation et de dévouement.

Soit dans ses membres: fait absolument unique, à toutes les époques, sous tous les climats, dans toutes les conditions, elle a eu et elle a des saints à vertus héroïques, allant parfois jusqu’au martyre; elle a des saints à miracles: Saint Martin de Tours, Saint Augustin, Saint Bernard, Saint François d’Assise, Saint Vincent Ferrier, Sainte Thérèse, Saint François de Sales, Saint Vincent de Paul, Saint François Xavier, et, plus près de nous, le Curé d’Ars, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Sainte Bernadette Soubirous, Padre Pio, et tant d’autres, ne sont que quelques anneaux de cette chaîne brillante et sans fin. La liste dressée à grand renforts de précautions et après plusieurs miracles, s’allonge toujours. C’est une des marques les plus éclatantes de la vitalité de l’Eglise romaine, de la valeur surnaturelle de ses principes et la preuve indubitable que Dieu est avec elle.

Mais, dit-on parfois, il y a des désordres et des désordres graves parfois dans l’Eglise romaine. Oui, cela arrive, mais le soin avec lequel les relèvent ses adversaires en montre le caractère relativement exceptionnel. D’ailleurs, ils se produisent non en suivant la morale de l’Eglise romaine, mais en s’en éloignant; on ne peut donc pas les lui imputer, car la sainteté et la vertu restent affaire de liberté et de générosité. Si l’examen des principes catholiques n’avait pas suffi, la sainteté héroïque d’une multitude de bienheureux, prouve assez leur efficacité: ces derniers, et non les autres, sont les témoins authentiques de ce que peut l’Eglise en matière de sainteté. L’Eglise Romaine possède donc la sainteté comme marque positive et absolue.

Les autres sociétés n’ont pas la sainteté voulue par Jésus

Si l’on procède maintenant par comparaison, on constate que, pour les autres sociétés, la sainteté joue comme marque négative. Evidemment, parmi leurs membres, il peut y avoir des âmes de bonne foi, qui mènent une vie honnête et atteignent un certain degré de vertu. Elles le peuvent par les grâces ordinaire, que Dieu ne leur refuse pas, et par certains principes que ces sectes ont en commun avec l’Eglise romaine et ont conservé d’elle au moment de leur séparation; c’est donc, en somme, à l’Eglise romaine que ces résultats doivent être attribués, et non aux sectes séparées, en ce qu’elles ont de propre et de caractéristique. Ce qui le montre bien d’ailleurs (et ceci est frappant), c’est:

1° Qu’aucune de ces sociétés ne peut revendiquer des saints à sainteté héroïque, comme l’Eglise romaine en a toujours produits partout et dans tous les siècles et en produit incessamment.

2° Et que, d’une façon générale, le niveau moral y est bien inférieur à celui de l’Eglise romaine: « On juge un arbre à ses fruits. » a dit Notre-Seigneur. les vrais fruits d’une société sanctificatrice, sont les grands saints, les saints héroïques, les saints à miracle [Peut-il y avoir des miracles en une secte chrétienne séparée? Peu, sans doute; cependant il ne semble pas impossible que Dieu fasse des miracles de pure bonté, en faveur d’âmes religieuses de bonne foi. Mais il leur manquera toujours la relation apologétique avec la doctrine de la secte en tant que spécifiquement distincte et propre: sans cette absence, Dieu ne ferait pas li miracle. Si le miracle a lieu, il met plutôt en valeur ce que la société séparée possède encore de spécifiquement chrétien, c’est-à-dire de commun avec l’Eglise romaine.]. Nous en trouvons beaucoup dans l’Eglise romaine, mais nous n’en voyons :

a) ni dans les sectes protestantes, dont les dogmes, d’ailleurs, sont destructeurs de toute morale (foi sans les œuvres, négation de la liberté) et dont les fondateurs, Luther, Calvin, et Henri VIII, ont été loin d’être des saints.

b) ni dans les églises orthodoxes, grecques ou russes, car, depuis la séparation, elles n’ont pas produit des saints héroïques et n’ont pu manifester la sainteté de leurs principes propres. Les listes mises parfois en avant par elles ont été constituées sans aucun procès canonique ni aucun contrôle et ne présentent pas de saints comparables à ceux de l’Eglise Romaine.

Donc, l’Eglise Romaine, possédant seule la sainteté, voulue par Jésus, est la véritable Eglise du Christ.

L’Apostolicité

Apostolicité veut dire relation avec les Apôtres. Or, une société peut posséder cette relation à divers titres: 1° par le temps, si elle est née au temps des Apôtres; 2° par le lieu, si elle se trouve en un lieu occupé par eux; 3° par la doctrine, si elle enseigne la même doctrine qu’eux; 4° par le pouvoir d’ordre, si ses ministres donnent les mêmes sacrements en vertu du même pouvoir d’ordre qui s’est transmis depuis les apôtres; 5° par l’origine, si c’est véritablement la même société que celle fondée par eux (continuité du groupement); 6° enfin, par le gouvernement, si elle est gouvernée par leurs successeurs.

Il est normal que la société du Christ ait, comme marque distinctive une relation étroite avec les Apôtres du Christ. Mais laquelle de ce liaisons est une note positive?

1° Les quatre premières sortes ne sont que des indications. Il est aisé de le comprendre, car la communauté de temps et de lieu peut exister pour bien des groupements sans qu’aucune relation plus étroite en découle. Avoir, dans l’ensemble, la même doctrine et les mêmes sacrements, tout en indiquant une parenté plus définie, peut être le fait de plusieurs sociétés. Or, Notre-Seigneur et les Apôtres n’en ont constitué qu’une, et une marque positive doit en désigner une seule. Ces sortes de relations ne suffisent donc pas.

2° En revanche, l’apostolicité d’origine et celle de gouvernement nous apparaissent comme: a) inhérentes et essentielles à la constitution même de la société; b) visibles et constatables, par la succession constante des chefs, et l’obéissance des membres; c) possédant aussi une véritable exclusivité. Si Jésus a désigné cette marque et si telle société est celle des Apôtres, nulle autre ne l’est, puisque Jésus n’a fondé qu’un Eglise.

La volonté de Jésus-Christ

Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu:

1° Que son Eglise possède l’apostolicité d’origine. Il a dit à ses Apôtres: « Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. » (Mt., XXVIII, 20). Donc, il veut la continuité, l’indéfectibilité, de l’Eglise dont les apôtres, auditeurs de cette parole, étaient les chefs. Ce sont toujours eux qui qui existeront jusqu’à la fin du monde, vivant dans leur société et leurs successeurs; et Jésus, étant avec cette Eglise, sera avec eux. D’ailleurs, les apôtres le comprirent ainsi, et se choisirent des successeurs, qui devaient continuer leur personnalité morale, être d’autres « eux-mêmes » et faire continuer la même société.

2° Que son Eglise ait l’apostolicité du gouvernement, c’est-à-dire continuité dans la succession des pasteurs. Cette apostolicité, on vient de la voir, est le moyen nécessaire pour la précédente et se prouve par la même parole: « Je suis avec vous« , c’est-à-dire: « La société dont vos successeurs seront les chefs, sera la mienne jusqu’à la fin des siècles. » D’ailleurs, la raison montrait la nécessité de cette marque. Pour savoir clairement que telle Eglise avait reçu sa mission de Jésus-Christ et des apôtres, il n’est pas de meilleure façon que de voir la continuité de la société et la suite de ses chefs depuis les apôtres.

Comment sera assurée cette succession ininterrompue? Par la continuité dans les successeurs du chef des Apôtres: Saint Pierre, transmettant aux chefs secondaires des pouvoirs apostoliques. Ainsi la continuité et l’indéfectibilité dans la succession doivent être assurées par la continuité et l’indéfectibilité des successeurs de Saint Pierre: « Confirme tes frères. Pais mes agneaux, pais mes brebis. » Et, de cette façon, tous les chefs de l’Eglise seront les successeurs du collège des apôtres unis à Saint Pierre.

3° Or, cette double apostolicité, voulue par Notre-Seigneur pour son Eglise, constitue une marque positive, essentielle, visible et propre à la seule société du Christ. Jésus dit clairement: « Qui vous écoute (vous, et vos successeurs, continuant votre personnalité), m’écoute; qui vous méprise, me méprise. » (Luc, X, 16). Son Eglise ne peut donc être que celle des Apôtres et de leurs successeurs (avec la même doctrine essentielle, la même mission, la même structure, le même culte etc.).

L’Eglise Romaine possède l’apostolicité, marque positive

Elle possède l’apostolicité d’origine. Cette société est la même que celle dirigée par les apôtres. On le prouve par l’Histoire, qui en démontre la continuité et l’identité:

1° Elle posséda toujours, sans conteste, le même nom, Eglise catholique romaine;

2° Il est impossible de nommer quelqu’un qui l’eût séparée de l’Eglise du Christ;

3° Au contraire, on suit son histoire continue au cours des dix-neuf siècles écoulés.

Elle possède l’apostolicité de gouvernement. C’est par elle qu’on peut constater plus facilement encore l’apostolicité d’origine.

1° La succession ininterrompue des deux cent soixante et un papes (de saint Pierre à Pie XII), successeurs de Saint Pierre sur le siège de Rome est notoire. Elle est prouvée par les témoignages les plus anciens, et unanimes: Tertullien, saint Irénée, Caius, saint Ignace, saint Clément.

2° D’ailleurs, le siège du Souverain Pontife romain a toujours porté, sans contestation, le nom du Siège Apostolique. Le fait de cette succession est tellement historique que tous, Grecs et Latins, l’admettent. Et les obscurités de la période dite « du grand schisme d’Occident » ou de la vacance formelle du siège apostolique depuis Vatican II qui est due à l’infiltration moderniste dans l’Eglise ne nuisent pas plus à l’apostolicité de l’Eglise Romaine qu’à son unité. Car, concernant le grand schisme (1378-1417), parmi les deux ou trois prétendants, l’un était certainement le véritable successeur de Saint Pierre, dont les pouvoirs se transmirent ainsi au Pape de l’Eglise de nouveau unifiée. Et dans les diverses obédiences (où se rencontrèrent également saints et miracles), on voyait, en celui qu’on regardait comme pape, non pas sa personnalité propre, mais l’unique successeur du Prince des Apôtres. D’un côté, il pouvait y avoir erreur personnelle, mais il restait l’unité formelle: « Ubi Petrus, ibi Ecclesia. »

Même si il n’y avait eu aucune obédience légitime [hypothèse envisagée par le grand théologien enseignant à la Grégorienne Timotheus Zapelena dans son De Ecclesia Christi], c’est-à-dire une vacance formelle du siège apostolique [autrement dit, l’absence d’autorité pontificale en acte], l’apostolicité et la continuité visible de l’Eglise n’aurait pas été affectées. Elles auraient résidé dans la continuité morale d’un corps électoral [corps électoral légitime sur le fondement d’un titre coloré, c’est-à-dire, sur la base de la reconnaissance au moins juridique et factuel du statut de cardinal de ses membres, même à défaut de statut réel: la suppléance de Dieu agissant pour la continuité de son Eglise] capable de désigner à tout moment un successeur de saint Pierre. Il faut donc toujours que le successeur de saint Pierre existe en puissance [qu’il puisse être élu à tout moment par une élection canonique légitime] pour ne pas nuire à l’apostolicité, il n’est pas absolument nécessaire qu’il existe toujours en acte [qu’il y ait un pape légitime qui exerce effectivement sa charge de pasteur en enseignant, gouvernant et sanctifiant les âmes]. C’est aussi ce que le cardinal Cajetan appelle la « puissance ministériellement élective » ou saint Antonin de Florence et le R.P Guérard des Lauriers (et bien d’autres, dont le même Cajetan, le cardinal Bellarmin etc.) « l’aspect matériel de la papauté ». Ainsi dans la crise actuelle de l’autorité dans l’Eglise, les données du sens commun, de la foi et du raisonnement logique nous montrent qu’il n’y a pas de Pape en acte car les occupants du Saint-Siège ont un défaut d’intention objective d’accomplir la mission de l’Eglise. Ce défaut d’intention objectif [indépendamment de leur bonne volonté, c’est une question d’acte extérieur et d’efficacité objective] se manifeste par une défection générale dans l’exercice de leur charge [ils enseignent des erreurs condamnées par l’Eglise, se conduisent habituellement de manière scandaleuse, ils font des lois qui permettent le mal, ils promulguent un culte non catholique, ils ont causé une désertion des églises en laissant le modernisme s’enraciné dans tous les diocèses du monde et en en faisant la promotion etc.], défection évidemment incompatible avec la sainteté, l’unité et l’apostolicité de l’Eglise. En revanche, parce qu’il n’ont jamais été personnellement condamnés par aucune autorité légitime [comme ont pu l’être les protestants ou les schismatiques], qu’il n’ont fait aucune déclaration explicite de séparation de l’Eglise romaine [comme l’ont fait les protestants ou les schismatiques], leur élection ne peut, jusqu’à preuve du contraire, qu’être considéré comme canoniquement légitime. Ils sont élus pour recevoir l’autorité mais font obstacle à sa réception et ne sont donc pas papes. En revanche, il existe à tout moment la possibilité pour qu’il le redevienne en acte ou qu’un nouvel élu le soit en acte. Pour cela, il faudrait que l’élu se convertisse réellement en reniant toutes les erreurs depuis Vatican II et en se disposant objectivement à exercer ce pour quoi le pontificat est fait [enseigner la vérité en continuité et en conformité avec les apôtres, leurs successeurs et Jésus-Christ; condamner les erreurs; promouvoir le vrai culte et les vrais sacrements etc.]. En attendant, la continuité morale et la « puissance ministériellement élective » est suffisante pour sauver l’apostolicité. Comme c’est le cas en période de vacance habituelle entre deux pontificats ou comme ce put être le cas, selon l’avis de Zapelena, durant le « grand schisme d’Occident ». Quand à savoir si les électeurs actuels sont légitimes [étant donné qu’ils ne sont pas cardinaux et que la plupart sont des modernistes qui ne professent pas la foi catholique], nous pouvons dire [comme durant le grand schisme: Zapelena admet que de nombreux cardinaux créés par des obédiences illégitimes ont eu le droit et le pouvoir de voter pour élire Martin V en 1417. Cela malgré le fait d’être de faux cardinaux] qu’ils le sont en raison de leur titre coloré qui est le fondement d’une suppléance divine de juridiction répondant à une exigence absolue: fournir un élu potentiellement capable de recevoir l’autorité pontificale.Cette permanence de la faculté de désigner demeure aussi en eux car aucune sanction légale ne leur a enlevé. C’est peut-être triste, mais n’oublions pas que la réalité l’est souvent: c’est une vallée de larmes…

3° Cette apostolicité est, de par la volonté du Christ et en elle-même, une note positive. De plus, la stabilité du siège de Rome, malgré toutes les tempêtes et les difficultés, présente un caractère exceptionnel qui vient renforcer le caractère exclusif de l’apostolicité; elle constitue, en effet, un véritable miracle moral.

Les autres sociétés n’ont pas l’apostolicité

D’ailleurs, par comparaison, l’Eglise Romaine est bien la seule qui soit celle des apôtres. En effet, pour les autres, l’Histoire nous apprend aisément le nom des novateurs qui les ont privés de la double apostolicité requise. Pour les grecs: Photius (IXe siècle), Michel Cérullaire (XIe siècle). Pour les protestants: Luther, Calvin, Zwingle, Henri VIII.

1° En effet, ils ont séparé ces chrétiens de l’Eglise du Christ et des apôtres. Donc, ce n’est plus la même société, c’en est une nouvelle qui commence: pas d’apostolicité d’origine.

2° Ils ont ainsi commencé une autre succession de pasteurs qui ne puisent plus leur pouvoir de juridiction à la source apostolique représentée par le successeur de Saint Pierre, et dont ils se séparent. Donc, plus d’apostolicité de gouvernement. D’ailleurs, certains protestants (non épiscopaliens) vont plus loin, et rejettent tout épiscopat, donc toute possibilité de succession apostolique.

Donc, l’Eglise Romaine, possédant et possédant seule les quatre marques positives voulues par Jésus, est la seule vraie Eglise du Christ. Les quatre marques ou notes contribuent, si on les réunit, à nous donner comme le visage de l’Eglise et son portrait. Elles s’unissent d’ailleurs en un groupement harmonieux, dont l’unité surnaturelle est pour ainsi dire le foyer: « Qu’ils soient un, comme Nous sommes Un! » 1° Unité avec Dieu: c’est la Sainteté; 2° Unité entre tous les hommes: Catholicité; 3° Unité avec les Apôtres: Apostolicité; 4° Unité enfin avec la hiérarchie actuelle, dans son triple domaine: c’est la marque d’Unité proprement dite.

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