Saint Louis-Marie Grignon de Monfort (1673-1716): sa vie, son héritage, sa spiritualité

Le 28 avril est un grand jour pour les dévots de Marie. C’est la fête de saint Louis-Marie Grignon de Monfort (1673-1716). Voici un résumé de sa vie, de son héritage, et de sa spiritualité.

Le jeune Louis-Marie

Saint Louis-Marie Grignon de Monfort est né à Montfort-sur-Meu, tout proche de Rennes, le 31 janvier 1673. Il fait son entrée au collège des jésuites Saint Thomas Becket de Rennes à 12 ans : son obéissance, son intelligence et sa charité rayonnent. Aîné d’une fratrie de huit enfants (dont un fils se fit dominicain et trois filles devinrent religieuses), Louis-Marie n’était pas destiné au sacerdoce par son père, qui s’opposa violemment à sa vocation au départ. Néanmoins, en écoutant les récits d’un prêtre local, l’abbé Julien Bellier, sur sa vie de missionnaire itinérant, il fut enflammé de zèle pour prêcher des missions.

La consécration à Marie et le séminaire

À 19 ans, il se consacre entièrement à Marie en faisant le vœu de tout lui confier et de ne jamais plus rien posséder en propre. Il se dira désormais « Louis-Marie de Monfort, esclave indigne de Jésus en Marie ». Il rejoint ensuite Paris à pied en 1693, puis entre au séminaire de Saint-Sulpice en 1695. Son séjour à Saint-Sulpice lui donne l’occasion d’étudier la plupart des ouvrages disponibles sur la spiritualité et, en particulier, sur la place de Marie dans la vie chrétienne, surtout après sa nomination en tant que bibliothécaire. Il a également eu le temps de développer des compétences de catéchiste, notamment auprès de la jeunesse désœuvrée de la paroisse Saint-Sulpice.

Les Filles de la Sagesse

Ordonné prêtre en juin 1700, il célèbre sa première Messe à l’autel de la Sainte Vierge de l’église Saint-Sulpice, puis devient aumônier de l’hôpital général de Poitiers en 1701, avant d’en prendre la direction en 1703. Cette même année, il fonde avec Marie-Louise Trichet la Congrégation des Filles de la Sagesse. La règle de la Congrégation s’exprime en ces termes, montrant que la Croix est au cœur de la spiritualité monfortaine: « La Congrégation de la Sagesse est particulièrement chargée de montrer Jésus-Christ au monde, comme la Sagesse de Dieu, Sagesse qui, par les douleurs, l’indigence, et la folie de la croix, est venue combattre la sagesse orgueilleuse du monde, son estime des richesses et son amour du plaisir« . Avant Vatican II, ces religieuses étaient répandues tout autour du globe, avec trois objectifs principaux, toujours selon la Règle : « 1° l’instruction et l’éducation de la jeunesse ; 2° le soin des pauvres et des malades ; 3° le renouvellement des âmes dans les retraites« . Aujourd’hui, les Filles de la Sagesse de la Maison Sainte-Anne, installée au lieu-dit Saint-Maurice, à 17 km du lieu natal de saint Louis-Marie, forment une communauté restée entièrement fidèle à l’esprit montfortain. Elles expliquent par ailleurs avec raison qu’elles sont « dociles au Magistère des légitimes successeurs de saint Pierre et refusent de suivre la doctrine et les réformes qui ont ravagé l’Église depuis Vatican II ». Vous en apprendrez plus sur leurs activités en visitant ce très bon site.

St Louis-Marie donne l’habit à Mère Marie-Louise

Les missions dans l’Ouest et l’influence contre-révolutionnaire

Entre 1705 et 1716, saint Louis-Marie se consacre à sa vocation de missionnaire dans l’Ouest de la France (Poitou, Bretagne, Anjou, Rochelle), en donnant plus de 200 missions. Il fut rapidement éprouvé par la Croix. Son grand succès a attiré la jalousie d’une partie du clergé, et au début du carême 1706, il lui fut interdit de prêcher davantage de missions dans le diocèse de Poitiers. Il décida donc de partir faire un pèlerinage à Rome, pour demander au Saint-Père, le pape Clément XI, ce qu’il devait faire. Le Pape reconnut sa véritable vocation et, lui disant qu’il y avait de la place pour son apostolat en France et que cet apostolat était même nécessaire, le renvoya avec le titre de Missionnaire Apostolique. Il fut très vite connu à travers la région et au sein des foyers les plus modestes comme « le bon Père de Monfort ». L’impressionnant Calvaire de Pontchâteau, érigé en 1709 à son initiative et avec l’aide d’une foule nombreuse, est un signe admirable de son œuvre dans la région (cf. photo ci-dessous). A nouveau interdit temporairement et injustement de prêcher à cette époque, il approfondit le mystère de la participation au Sacrifice de la Croix et rédige un chef d’œuvre spirituel, la Lettre circulaire aux amis de la Croix.

Calvaire de Pontchâteau, Loire-Atlantique, 50 km au nord-ouest de Nantes

Saint Louis-Marie fonde officiellement la Compagnie de Marie en 1713, dans l’objectif de former des missionnaires pour évangéliser l’Ouest. Les Pères René Mulot (1683-1749) et Adrien Vatel ont fait partie de ses plus fidèles disciples, continuant son œuvre après sa mort. Le Père de Monfort est un grand artisan de l’attachement puissant de l’Ouest français au catholicisme, encore en partie aujourd’hui. C’est pour cela que l’histoire lui attribue une grande part dans la résistance farouche et courageuse à la Révolution française (1789) dans ces contrées (chouannerie, guerres de Vendée). En effet, l’évangélisation des diocèses de Luçon, La Rochelle, Angers et Nantes a permis d’affermir la foi et de faire fleurir une vie chrétienne solide parmi la population, ce qui sema les germes féconds d’une admirable fidélité au catholicisme sur plusieurs générations, et alimentera largement la résistance à la Révolution d’inspiration satanique (non serviam, le refus de Dieu). Les « Mulotins », nom donné aux missionnaires monfortains à partir du nom du Père René Mulot (supérieur de la Compagnie de Marie de 1722 à 1749), ont évangélisé la future Vendée militaire. Malgré leur petit nombre (4 en 1723, et jusqu’à 13 en 1749, sans jamais aller bien au-delà), les missions se succèdent sans interruption jusqu’à la Révolution : on n’en compte pas moins de soixante-dix à quatre-vingts par décennie sur l’ensemble de la région (soit environ 500 missions entre 1720 et 1789), surtout dans les campagnes (cf. carte ci-dessous).

Les notes prises par le Père Pierre-François Hacquet sont très instructives à cet égard. Il dirige de nombreuses missions entre 1740 et 1780 (il prêche dans 274 missions pendant cette période), et il recense les peuples qui ne sont pas réceptifs à la prédication des missionnaires. C’est notamment le cas du sud de la Vendée et des Deux-Sèvres, dont nous savons qu’elles ne prendront presque pas part à l’insurrection de mars 1793. A l’inverse, les lieux où le Père Hacquet trouve un peuple docile et fervent seront des terres d’insurrection contre-révolutionnaire. Il y a donc un lien direct entre succès des missions et terre d’insurrection.

Carte représentant les lieux de missions des « Mulotins », disciples de St. Louis-Marie

La persécution et le rappel à Dieu

Au fil des missions, saint Louis-Marie Grignon de Monfort est persécuté par les jansénistes, qui veulent empêcher son zèle de répandre le sang du sauveur par le cœur de Marie. Il subit trois tentatives d’assassinat et un empoisonnement, qui l’affaiblira jusqu’à sa mort. Sa vie est une vie de dénuement absolu, de persécution universelle et de don total à Dieu par Marie : il a bien fait toutes choses, sans jamais se plaindre. Son dicton : « PAS DE CROIX, QUELLE CROIX! » (réfléchissons-y…).

Lors de sa dernière mission à Saint-Laurent-sur-Sèvre (diocèse de La Rochelle), il rend son âme à Dieu le 28 avril 1716, à 43 ans, sous les coups de la maladie et de l’épuisement, en chantant paisiblement avec les fidèles qui l’assistaient : « Allons, mes chers amis, Allons en Paradis… » Louis-Marie a été béatifié par Léon XIII en 1888, puis canonisé par Pie XII en 1947.

La spiritualité monfortaine

La spiritualité monfortaine a deux piliers: 1) la Croix et 2) la sainte Vierge. Ces deux piliers s’unissent dans la notion de « saint esclavage de Jésus en Marie », par lequel on accepte de renoncer à tout en sacrifiant sa volonté propre en tout et en confiant tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons et tout ce que nous faisons à Marie, en vue d’accomplir la volonté de Dieu. Saint-Louis-Marie Grignon de Monfort est l’auteur d’un grand classique de la vie spirituelle : le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge. Cette œuvre n’a cependant été découverte et publiée qu’à partir de 1843 – soit plus d’un siècle après sa mort! -, participant grandement au renouveau extraordinaire de la piété mariale qui s’est observé dans la seconde moitié du XIXème siècle et le début du XXème.

St. Louis-Marie Grignon de Monfort en prière devant la sainte Vierge

Voilà l’essentiel de sa pensée sur Marie :
1. Pleine de grâce, elle est le trésor de Dieu. En la louant, on loue le chef d’œuvre de Dieu.
2. Elle a engendré le chef de l’Eglise, elle engendre aussi logiquement les membres, nous.
3. Jésus est venu par Marie. Il s’est incarné avec le consentement de Marie, il s’est fait connaître par Marie, il a fait son premier miracle par Marie, il s’est donné sur la croix par Marie. Ainsi, nous devons de la même manière aller à Jésus par Marie, connaître Jésus par Marie, nous donner à Jésus par Marie. Dieu l’a voulu ainsi.
4. Marie est comme une « relation à Dieu ». Elle est toute relative à Dieu et fait tout pour Dieu et en vue de Dieu. Elle fait sa volonté en absolument tout, sans exception. En l’aimant, en apprenant d’elle et en moulant notre cœur sur le sien par une véritable dévotion à une si bonne mère, on est sûr de grandir en sainteté !


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