L’horreur de la religion gauloise

Le nationalisme du XIXème siècle et la tendance dite « traditionaliste » ont poussé un certain nombre d’auteurs catholiques français de cette époque à donner une image excessivement positive des Gaulois, de leurs druides et de leurs doctrines religieuses, en présentant les druides comme de sages précurseurs du christianisme. Si l’on peut reconnaître que la civilisation gauloise avait un certain degré d’élévation au point de vue naturel, il est bon de ne pas oublier ce qu’a été l’horreur de la religion gauloise, et le niveau d’abaissement moral dans lequel le paganisme a jeté nos ancêtres, avant la prédication de l’Evangile.

Les druides et leur doctrine

Les sympathisants des druides ont voulu faire une distinction nette entre ce qui serait, d’une part, le noble « druidisme », doctrine spirituelle élevée, et d’autre part le paganisme populaire, fait de rites superstitieux et grossiers. C’est la même distinction que certains auteurs insistent à faire entre le brahmanisme, la doctrine initiatique des savants indiens, et le paganisme hindou grossier et immoral.

S’il est vrai que dans les deux cas, une caste de savants et de sages a pu atteindre par la réflexion, ou par des souvenirs de la révélation primitive, certaines vérités de l’ordre naturel, il est impossible de démontrer qu’il y a eu dans la pratique une opposition nette entre les deux, et les textes indiquent plutôt que les druides ou les brahmanes restaient, quoi qu’on en dise, les chefs et les gardiens de cette religion superstitieuse et grossière à laquelle certains prétendent qu’ils s’opposaient.

D’après les différentes sources historiques sur les sociétés celtiques de l’antiquité, les druides semblent avoir été en effet les maîtres tout-puissants dans la société, faisant régner une sorte de terreur sacrée même jusque chez les nobles et les rois.

L’auteur grec Dion Chrysostome parle ainsi de leur puissance :

Dans tous ces cas, les rois ne sont pas autorisés à faire ou à envisager quoi que ce soit sans l’aide de ces hommes sages, au point que, en vérité, c’était eux qui gouvernaient, alors que les rois étaient leurs serviteurs et ministres de leurs volontés.

Discours, 49, 8.

Des sources irlandaises du VIIIe siècle déclarent qu’en Irlande, avant Saint Patrick et jusqu’à sa venue sur l’île, les druides avaient, comme dans l’ancienne Gaule, un statut d’autorité religieuse et juridique suprême : ils étaient tout à la fois juges, savants, guérisseurs, magiciens, sacrificateurs. Ces légendes irlandaises semblent indiquer que les druides avaient, fondamentalement, une dignité supérieure aux rois. Jules César atteste pareillement que les druides, très organisés et même dotés d’un chef suprême, formaient une sorte d’autorité juridique suprême pour les Gaulois.

Comment peut-on supposer que la religion gauloise populaire leur ait été contraire, qu’elle n’ait pas satisfait à leurs exigences ? Cette supposition ne s’accommode pas avec le statut sacerdotal des druides dans la société gauloise (ils présidaient aux principales cérémonies et aux sacrifices), ni avec leur pouvoir juridique et politique.

Tenter d’excuser les druides de superstition ou de paganisme proprement serait une entreprise vaine, quand on voit que toutes les sources qui se rapportent à eux les présentent comme des magiciens et des devins. La distinction entre les « bons druides » sages et honnêtes, et des mauvais prêtres païens gaulois, est une distinction qu’il est difficile ou impossible de soutenir à partir des documents historiques : selon les sources, le terme druide est appliqué plus ou moins largement à toutes les fonctions sacerdotales du monde gaulois, ou restreint à une fonction plus philosophique et scientifique. Mais même dans le second cas, ils sont prêtres, sacrificateurs et magiciens.   

Le seule druide dont l’histoire ait certainement retenu le nom est Diviciacos, l’ambassadeur des Éduens (un peuple gaulois) auprès du Sénat romain vers l’an 60 av. J.-C. Sa vie et son attitude semblent loin de l’image simplifiée du sage retiré dans les forêts dans une vie quasi-monastique, contemplant les lois de la nature : c’est un homme en armes (il est resté célèbre pour avoir plaidé face au Sénat appuyé sur son bouclier), qui participe activement aux guerres des Gaules et à la politique de sa cité, qui est très riche, marié et père de famille. Il parle probablement le grec. Cicéron, qui semble l’avoir rencontré personnellement lors de son passage à Rome, dit qu’il est très versé dans « l’art » éminemment superstitieux de la divination.[1] En somme, un druide ne semble pas très différent d’un prêtre romain païen, qui cumule cette dignité avec d’autres dignités mondaines (Jules César était prêtre, et même « grand-prêtre », pontifex maximus), bien que les Gaulois n’admettent pas, en principe, le cumul des magistratures et du sacerdoce.

Comme les brahmanes (adeptes du brahmanisme), les druides enseignent la doctrine de la métempsychose ou réincarnation de l’âme. Si certains s’étonnent avec admiration qu’un peuple païen puisse professer l’immortalité de l’âme, il convient de ne pas oublier ce que signifie la réincarnation en pratique, et quelle genre de « spiritualité » elle encourage : le principe païen fondamental est que seule compte la jouissance des biens de la terre, et la « réincarnation » est une promesse de retrouver cette jouissance sensible après la mort dans une autre vie, ou de l’atteindre plus parfaitement dans une autre vie. C’est pourquoi la réincarnation est une doctrine aussi populaire dans le monde occidental actuel, qui ne comprend plus la valeur des choses spirituelles, et encore moins des choses surnaturelles.

Les druides n’étaient pas simplement des sages ou des contemplatifs, ils étaient avant tout des prêtres, c’est-à-dire des sacrificateurs. Diodore de Sicile atteste qu’aucun sacrifice ne prend place sans l’assistance des druides :

 La coutume est chez eux que personne ne sacrifie sans l’assistance d’un philosophe [un druide]; car ils croient devoir user de l’intermédiaire de ces hommes qui connaissent la nature des dieux, et parlent on pourrait dire leur langue, pour leur offrir des sacrifices d’action de grâces et implorer leurs bienfaits. »

Bibliothèque historique, V, 31. 

Il est un genre de sacrifice particulier dans la société gauloise auquel les druides ne pouvaient pas ne pas prendre part : le sacrifice humain.

Les sacrifices humains

Tout le peuple gaulois est très religieux ; aussi voit-on ceux qui sont atteints de maladies graves, ceux qui risquent leur vie dans les combats ou autrement, immoler ou faire vœu d’immoler des victimes humaines, et se servir pour ces sacrifices du ministère des druides ; ils pensent, en effet, qu’on ne saurait apaiser les dieux immortels qu’en rachetant la vie d’un homme par la vie d’un autre homme, et il y a des sacrifices de ce genre qui sont d’institution publique. Certaines peuplades ont des mannequins de proportions colossales, faits d’osier tressé, qu’on remplit d’hommes vivants : on y met le feu, et les hommes sont la proie des flammes. Le supplice de ceux qui ont été arrêtés en flagrant délit de vol ou de brigandage ou à la suite de quelque crime passe pour plaire davantage aux dieux ; mais lorsqu’on n’a pas assez de victimes de ce genre, on va jusqu’à sacrifier des innocents.

Jules César, Guerre des Gaules, 16.

Certains historiens modernes ont  nié ou minimisé cette pratique du sacrifice humain dans la société gauloise, et dans les sociétés païennes d’une manière générale. C’est peut-être parce que ce fait est gênant par rapport au mythe d’un monde païen « ouvert » et « tolérant », par opposition au monde chrétien, qu’on accuse d’avoir détruit l’heureuse « diversité » du monde antique.

Ainsi on peut voire certains dire, sans avancer de preuve ferme, que Jules César comme d’autres Romains invente ou exagère ces faits pour diffamer les Gaulois, pour justifier sa conquête, pour les montrer plus féroces et plus barbares qu’ils ne l’étaient. Cette hypothèse de la diffamation n’est, à notre avis, étayée par rien de sérieux. D’autres témoignages historiques et archéologiques nous informent de la réalité du sacrifice humain comme une institution fondamentale de la société gauloise, et de la participation active des druides dans ces sacrifices.

D’autres historiens ont avancé que Jules César décrivait les mœurs des gaulois en ayant recours à des sources archaïques, et que de son vivant les sacrifices humains n’étaient plus pratiqués. A considérer que cela soit vrai, on doit toujours constater que l’institution druidique a été concernée par ces pratiques, à un moment ou à un autre de l’histoire gauloise.

1- Les sources grecques et romaines

Le géographe grec Strabon parle en ces termes du sacrifice humain pratiqué par les druides :

Les Romains réussirent pourtant à les faire renoncer à … maintes pratiques de leurs sacrificateurs et de leurs devins qui répugnaient trop à nos mœurs : il était d’usage, par exemple, que le malheureux désigné comme victime reçût un coup de sabre [à l’endroit des fausses côtes,] puis l’on prédisait l’avenir d’après la nature de ses convulsions [et cela en présence des Druides], vu que jamais ils n’offraient de sacrifices sans que des Druides y assistassent. On cite encore chez eux d’autres formes de sacrifices humains : tantôt, par exemple, la victime était tuée [lentement] à coups de flèches, tantôt ils la crucifiaient dans leurs temples, ou bien ils construisaient un mannequin colossal avec du bois et du foin, y faisaient entrer des bestiaux et des animaux de toute sorte pêle-mêle avec des hommes, puis y mettant le feu, consommaient l’holocauste.

Géographie, IV, 4, 5.

Le célèbre historien Diodore de Sicile évoque l’association entre sacrifice humain et pratiques divinatoires :

Après avoir consacré un homme, ils [les devins] le frappent avec une épée de combat dans la région au-dessus du diaphragme, et quand la victime est tombée sous le coup, ils devinent l’avenir d’après la manière dont elle est tombée, l’agitation des membres et l’écoulement du sang. C’est un genre d’observation ancien, longtemps pratiqué et en qui ils ont foi.

Bibliothèque historique, V, 31.

Dans les années qui suivent la conquête romaine, les empereurs romains prennent des mesures légales contre le druidisme, sans doute parce que les druides prennent une part active aux révoltes contre l’autorité romaine, mais aussi, au moins en partie, parce que les druides pratiquent des sacrifices humains.

Suétone, dans sa Vie des Douze Césars, explique que l’empereur Claude  « abolit entièrement dans les Gaules la religion cruelle et barbare des Druides, qu’Auguste n’avait interdite qu’aux citoyens. » (Claude, 25). Auguste avait en effet défendu aux citoyens romains de revêtir la fonction de druide, sachant que la majorité des Gaulois n’étaient pas encore citoyens.

Pline l’Ancien dit que c’est Tibère qui a aboli le druidisme :

Les Gaules ont été aussi possédées par la magie, et même jusqu’à notre temps; car c’est l’empereur Tibère qui a supprimé leurs druides, et ce genre de prophètes et de médecins.

Histoire naturelle, Tome II, Livre XXX.

L’historien Fustel de Coulanges note que cette « interdiction du druidisme » est restreinte aux pratiques les plus extrêmes de magie et de sacrifice humain, et qu’elle n’inclut pas l’ensemble de la religion gauloise.[2] Reste donc une association assez nette, dans la plupart des sources contemporaines, entre druidisme et sacrifice humain.

2- Les sources archéologiques

Si l’on voulait croire que tous les documents d’origine grecque et romaine sont trop biaisés et ne constituent pas une source fiable sur les pratiques des druides, force est de constater que d’autres sources archéologiques, mythologiques et historiques inclinent vers la véracité de leurs récits.

Le sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde (dans l’Oise), datant du IIIe siècle av. J.-C, est rempli d’une multitude de restes humains, qui sont généralement interprétés comme des « trophées » prélevés sur le corps de guerriers morts. Il n’est pas exclu, pourtant, que tout ou partie des victimes aient été tuées sur place dans un but sacrificiel, le lieu ayant certainement en soi une vocation sacrificielle, comme en attestent les ossements animaux du site. Le sanctuaire de Ribemont, dans la même région et à la même époque, contient un nombre spectaculaire d’ossements humains, avec une même ambiguïté concernant le fait qu’ils aient pu être tués dans des actes de guerre ou dans des actes sacrificiels. Le sanctuaire de Roquepertuse (dans les Bouches-du-Rhône) est rempli de crânes humains, qui étaient incrustés dans des portiques. Le site archéologique d’Acy-Romance (dans les Ardennes) présente des ossements de personnes tuées sur place et inhumées rituellement dans le cadre d’un « sacrifice chtonien » : le cadavre est déposé dans le sol pour que les divinités sous-terraines s’en nourrissent. Il est à noter que l’inhumation n’est pas le rituel funéraire ordinaire chez les Gaulois (c’est plutôt la crémation), ce qui renforce l’idée du caractère sacrificiel de ces lieux.

Voilà ce que l’archéologie nous apprend sur les sanctuaires druidiques. Ils sont remplis de crânes et d’ossements de personnes tuées violemment, dont le cadavre a fait l’objet d’une préparation rituelle.

D’autres sources historiques attestent que les sacrifices humains étaient pratiqués dans les sociétés apparentées aux Gaulois, qui partagent la même religion druidique : les Celtes de Grande-Bretagne et d’Irlande. D’après les récits sur la vie de Saint Patrick, une divinité irlandaise en particulier (Crom Cruach) était apaisée par les sacrifices humains. Ces mêmes récits parlent d’ailleurs de la lutte du grand saint contre les druides, qui n’ont donc visiblement pas accueilli l’Evangile comme étant en « continuité » avec leur doctrine.  

Autres manifestations de barbarie chez les Gaulois

Le sacrifice humain proprement dit n’est pas le seul fait de la société gauloise qui atteste de leur cruauté et de leur peu de respect pour la vie humaine.  

Les peuples Celtes, Gaulois y compris, avaient développé une obsession étrange pour les têtes d’ennemis vaincus :

Au sortir du combat, ils suspendent au cou de leurs chevaux les têtes des ennemis qu’ils ont tués et les rapportent avec eux pour les clouer, comme autant de trophées, aux portes de leurs maisons. 

Strabon, Géographie, IV, Chapitre V.

Les récits de la mythologie irlandaise semblent attester que des pratiques similaires de décapitation des ennemis existaient chez les anciens Irlandais. Plusieurs des sites archéologiques que nous avons cités figurent des crânes humains exposés comme des trophées.

D’autres documents attestent que des pratiques suicidaires plus ou moins ritualisées sont courantes chez les Gaulois. Pomponius Mella, pourtant très élogieux envers les Gaulois, note comme Jules César qu’il est de coutume chez eux de voir des gens s’immoler sur le bûcher d’un mort dont ils étaient proches :

De là [de la croyance en la survivance de l’âme] vient que les Gaulois brûlent et enterrent avec les morts tout ce qui est à l’usage des vivants, et qu’autrefois ils ajournaient jusque dans l’autre monde l’exécution des contrats ou le remboursement des prêts. Il y en avait même qui se précipitaient gaiement sur les bûchers de leurs parents, comme pour continuer de vivre avec eux. 

Jules César dit plus sobrement :

On brûlait avec le mort les esclaves et les clients qu’on lui savait avoir été chers.

C’est encore une ressemblance peu flatteuse avec la religion et les mœurs de l’Inde.

Conclusion

En vain on cherchera une source contemporaine des Gaulois qui nie la réalité ou l’importance du sacrifice humain, et d’autres pratiques barbares, dans la société gauloise. « L’esprit critique » des auteurs modernes sur le sujet, qui appellent à ne pas être dupe des biais des Romains ou des Grecs, relève plus de l’imagination et de la spéculation que de la critique : leur mépris par principe des Barbares aurait poussé ces Romains et ces Grecs à inventer de toute pièce ces faits extraordinaires, ou à exagérer la gravité de pratiques religieuses qu’ils ne comprennent pas. Mais ces mêmes auteurs qui parlent de sacrifices humains, y compris Jules César, sont par ailleurs élogieux et admiratifs de certains aspects du monde celto-gaulois, n’hésitant pas à comparer les druides aux savants pythagoriciens, reconnaissant l’étendue de leurs connaissances sur les forces de la nature. On ne trouve pas chez eux une sorte de biais anti-gaulois aveugle. Par ailleurs, le sacrifice humain existe aussi dans le monde romain, même si ce n’est que de manière plus rare à cette époque (il a été rendu illégal à Rome en 97 av. J.-C.). Trop de savants modernes semblent intellectuellement incapables de faire face à la brutalité et à l’inhumanité du monde préchrétien, et cherchent à l’atténuer ou à la recouvrir de toutes sortes de précautions, en parlant par exemple de sacrifices humains « seulement occasionnels » ou « peu violents » (!).

Il serait regrettable que des catholiques reprennent à leur compte ces atténuations ou ces distinctions concernant la religion des gaulois, qui ne sont étayées par aucune source et aucun fait positif. L’idée que le druidisme ait été précurseur du christianisme est vraiment hasardeuse, si l’on prend la peine d’étudier les sources historiques disponibles à ce sujet. On ne peut pas opposer simplement un fait, qui est en fait une simple hypothèse – la présence de prophéties annonçant la Sainte Vierge et le Sauveur dans le fond des doctrines druidiques – à une multitude de faits beaucoup plus avérés qui ne vont pas dans ce sens.

L’amour de la patrie et des ancêtres n’exige pas de transformer l’histoire en mythes selon notre convenance. Les auteurs catholiques du XIXe siècle, pour admirables qu’ils soient sur d’autres sujets, ont leurs défauts et leurs lacunes en matière d’histoire nationale : souvent simplistes, préférant ce qui semble le plus glorieux pour la patrie à ce qui est le plus vraisemblable, ou même à ce qui est le plus avéré, d’un point de vue historique. Pour notre part, nous souhaitons nous en tenir à ce qui apparaît comme la vérité historique, c’est-à-dire que la société gauloise et les druides qui la dirigeaient étaient imprégnés d’une cruauté et d’une dépravation qui dépasse l’entendement. Il faudrait aller au fin fond des forêts de l’Amazonie, de l’Afrique ou de l’Asie du Sud, dans des sociétés qui n’ont connu quasiment aucune influence de l’Evangile, pour retrouver un niveau similaire de barbarie.

Est-il étonnant de découvrir l’horreur de la religion druidique par cette étude des sources historiques ? Ne savions-nous pas déjà qu’elle était dépravée, par le simple fait qu’elle est idolâtre ? Que dit la Bible de l’idolâtrie et de ses prêtres ? Et entre les païens, force est de constater que le paganisme celtique revêtait un caractère de barbarie supplémentaire par comparaison à un paganisme qu’avait tempéré, chez les Romains et les Grecs, les influences civilisatrices de la philosophie. Où voit-on, concrètement, l’influence civilisatrice de la doctrine des druides ? S’ils étaient bien les maîtres de la société gauloise, comme semblent le dire les sources historiques, comment expliquer que cette société soit restée dans un tel état de barbarie, si leur doctrine était si bienfaisante ? Les Romains, en venant sur notre sol et en abolissant le druidisme, n’ont fait que tempérer ce fond de barbarie, et seul l’Evangile, prêché par les saints missionnaires et implanté au fil des siècles par le travail constant de l’Eglise, nous en a vraiment libérés.

Jean-Tristan B.  


[1] « Même dans les nations barbares on ne néglige pas la science divinatoire. Ainsi dans la Gaule elle a pour représentants les druides, dont l’un l’Éduen Divitiacus, ton admirateur, lié à toi par les liens de l’hospitalité, m’est connu; il assurait qu’il était versé dans la science de la nature, ce que les Grecs appellent phusiologia, et il prédisait aussi l’avenir tantôt par le moyen des augures, tantôt par l’interprétation des signes » (Cicéron, De divinatione, XLI).

[2] « En résumé, Rome a interdit certaines pratiques de magie, elle a défendu absolument les sacrifices humains, elle a renversé ou a laissé tomber l’organisation druidique ; voilà tout ce qu’on peut affirmer qu’elle ait fait disparaître. Quant à une persécution contre les croyances, à l’abolition du culte, à des rigueurs contre les prêtres, il n’y en a pas le moindre indice dans les documents. » (https://www.mediterranee-antique.fr/Auteurs/Fichiers/DEF/Fustel%20de%20Coulanges/Druidisme/Druidisme.htm)

Petites litanies de Notre-Dame du Bon Conseil

Approuvées par le pape Léon XIII, très dévot à Notre-Dame du Bon Conseil.

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Vierge Marie, notre Mère, conseillez-nous et protégez-nous.
Fille bien-aimée du Père Eternel, conseillez-nous et protégez-nous.
Auguste Mère du Fils de Dieu, conseillez-nous et protégez-nous.
Divine Epouse du Saint-Esprit, conseillez-nous et protégez-nous.
Temple de la Très Sainte Trinité, conseillez-nous et protégez-nous.
Reine du Ciel et de la terre, conseillez-nous et protégez-nous.
Siège de la Divine Sagesse, conseillez-nous et protégez-nous.
Dépositaire des secrets du Très-Haut, conseillez-nous et protégez-nous.
Vierge très prudente, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos perplexités et dans nos doutes, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos angoisses et nos tribulations, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos affaires et nos entreprises, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans les périls et les tentations, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans les combats contre le démon, le monde et la chair, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans nos découragements, conseillez-nous et protégez-nous.
Dans tous nos besoins, conseillez-nous et protégez-nous.
A l’heure de notre mort, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Immaculée Conception, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Bienheureuse Nativité, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Admirable Présentation, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Glorieuse Annonciation, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Visitation Bénie, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Maternité Divine, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Sainte Purification, conseillez-nous et protégez-nous.
Par les Douleurs de votre Cœur Ma­ternel, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Précieuse Dormition, conseillez-nous et protégez-nous.
Par votre Triomphale Assomption, conseillez-nous et protégez-nous.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V/. Priez pour nous Notre-Dame du Bon Conseil,
R/. Et obtenez-nous le don du Bon Conseil.

Prions

Dieu, qui nous avez donné pour Mère celle qui mit au monde votre Fils bien aimé, et qui avez daigné glorifier sa merveilleuse image par une admirable apparition, daignez nous accorder que, suivant sans cesse ses Conseils, nous vivions selon votre Cœur et nous puissions heureusement parvenir à la gloire éternelle. Par le même Jésus-Christ Notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Neuvaine en l’honneur de saint Joseph

11 mars (premier jour)

Glorieux et aimable Joseph, je viens vous invoquer pendant neuf jours sous un titre qui vous est cher. Vous avez beaucoup aimé le Cœur de Jésus et ce divin Cœur vous a infiniment aimé ; vous en êtes vraiment l’ami par excellence. Autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, et une étoile diffère d’une autre en éclat. Ainsi les saints différent entre eux. Tous furent les amis du Cœur de Jésus, mais vous l’avez été plus qu’eux tous, après la Bienheureuse Vierge Marie. Aussi tous s’inclinent devant vous. L’ancien Joseph vit le soleil, la lune et onze étoiles l’adorer. Or Jésus, Soleil de Justice, Marie, douce comme la lune, les apôtres et les saints, brillants comme des étoiles, se sont inclinés devant vous. Je me joins à eux, ô Joseph, je vous salue, ô doux modèle et patron et vous prie de m’accorder ce que je vous demande pendant cette neuvaine. Saint Joseph, modèle et patron des amis du Sacré-Cœur, priez pour nous.

12 mars (deuxième jour)

Saint Jean, le disciple bien-aimé fut choisi par Jésus pour sa pureté virginale ; il a reposé sa tête sur ce Cœur sacré ; il a été le gardien de la plus pure des vierges et de Jésus lui-même. Ô aimable saint Joseph, ce que saint Jean n’a fait qu’une fois vous l’avez fait bien souvent. Jésus aussi reposé sa tête innocente .sur votre cœur si pur. Marie, la Vierge Immaculée, vous a été confiée pendant de longues années. Oh! penchez-vous encore sur le Cœur de Jésus, et, vous unissant à Notre- Dame du Sacré-Cœur, demandez à notre divin modèle de me rendre doux et humble de cœur. Obtenez-moi de lui ce que je vous demande pendant cette neuvaine. Saint Joseph, priez pour nous.

13 mars (troisième jour)

Le précurseur du Messie, saint Jean-Baptiste, s’est appelé « l’ami de l’Époux ». Il a prêché dans le désert et a annoncé le Sauveur. Il a été un modèle de mortification. Vous, ô glorieux saint Joseph, vous avez été « l’ami de l’Époux et de l’Épouse ». Vous avez vécu avec eux. Vous avez porté Jésus dans vos bras, dans les déserts de l’Égypte ! Vous avez pratiqué une mortification continuelle et vous avez prêché par un silence éloquent. Rendez-moi, ô bienheureux Père, l’ami de Jésus et de Marie, l’ami de la mortification et du silence. Accordez-moi ce que mon cœur désire, toujours conformément à la volonté de Dieu que vous avez si parfaitement accomplie. Saint Joseph, priez pour nous.

14 mars (quatrième jour)

Jésus a appelé Lazare son ami. Lazare a reçu plusieurs fois Jésus à Béthanie. Vous, ô saint Joseph, vous l’avez gardé pendant plusieurs années. Jésus  n’était pas à la mort de Lazare : il était loin; mais il a assisté à la vôtre, vous donnant la main dans le passage du temps à l’éternité. Il a ressuscité Lazare et nous croyons pieusement, quoique ce ne soit pas de foi, que vous êtes en corps et en âme dans le ciel.  Ô ami privilégié de Jésus, faites-moi vivre en union avec lui. Qu’il habite toujours avec moi par la foi et par la grâce. Qu’il ne m’abandonne pas à l’heure de la mort. Que je meure en sa compagnie, en celle de Marie et en la vôtre. Qu’il me place à côté de vous dans le séjour des élus. Ô saint Joseph, obtenez-moi les autres grâces que je vous demande.

15 mars (cinquième jour)

L’Évangile nous dit que Jésus aimait Marthe. Celle qui a servi Jésus quelque fois, vous ô Joseph, vous l’avez servi pendant de longues années. Marthe était troublée dans sa sollicitude, et vous, vous avez servi Jésus en paix et dans les plus pénibles circonstances. Marthe a nourri quelquefois son divin Sauveur ; vous, vous lui avez gagné le pain de chaque jour. Vous n’avez pas oublié « l’unique nécessaire >>. Oui, vous êtes l’ami de prédilection et le père nourricier de Jésus. Je vous confie mon âme, nourrissez-la des vertus que vous avez pratiquées. Faites- moi éviter le trouble et l’agitation. Enseignez-moi l’unique nécessaire et obtenez-moi les grâces que je demande au Cœur Sacré de Jésus.

16 mars (sixième jour)

Le saint Évangile nous dit encore que Jésus aimait Marie-Madeleine. Cette illustre Sainte a arrosé des larmes du repentir les pieds de Jésus. Vous, ô saint Joseph, vous les avez arrosés des larmes de tendresse. Madeleine lui a prodigué ses parfums, vous lui avez prodigué vos sueurs et vos peines. Madeleine a baisé les pieds de Jésus, et vous ô saint Joseph, vous avez baisé ses innocentes mains et son front serein; vous l’avez pressé contre votre cœur. Madeleine le cherchait, après sa mort, pendant qu’il vous visitait dans les limbes. Ô ami par excellence du Cœur de Jésus obtenez-moi le pardon de mes péchés, des larmes de repentir et d’amour. Que je travaille désormais pour la gloire de ce Cœur Sacré et l’avènement de son règne. Daignez m’obtenir aussi les grâces que je demande pendant cette neuvaine.

17 mars (septième jour)

Je ne vous appellerai plus serviteurs, disait Jésus à ses apôtres, mais je vous appellerai « mes amis », parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. À vous j’ai fait connaitre tout ce que j’ai appris de mon Père. Ô glorieux saint Joseph, vous avez connu avant les apôtres le grand mystère de l’Incarnation. Que de secrets après celui-là Jésus ne vous a-t-il pas révélés ! Comme les apôtres, vous êtes allé porter le Sauveur aux nations étrangères, au péril de votre vie. Avec Marie vous avez été le premier missionnaire du Sacré-Cœur. Vous avez été le martyr caché et inconnu au secret de l’Incarnation et vous êtes mort d’amour pour Jésus. Saint Joseph, rendez-moi, en quelque manière votre imitateur. Nous pouvons tous être plus ou moins les missionnaires du Sacré-Cœur. Embrasez mon cœur du feu de votre zèle et de votre amour pour le divin Cœur. Je vous demande de nouveau la grâce particulière de cette neuvaine.

18 mars (huitième jour)

L’Exode nous dit : « Le Seigneur parlait à Moïse face à face comme un homme a coutume de parler à son ami ». Le Verbe fait chair vous parlait véritablement face à face, ô grand saint Joseph! II ne vous parlait pas sous une forme mystérieuse et empruntée. II vous parlait « comme un ami à son ami », bien plus, comme un enfant à son père. Il parlait à votre oreille, à votre cœur.  Moise a conduit le peuple dans le désert et vous, ô Joseph, vous y avez conduit et protégé Jésus et Marie. La Loi, dit l’apôtre, a été donnée par Moïse et la grâce par Jésus-Christ. Ô saint modèle et patron des amis du Sacré-Cœur, apprenez-moi à converser avec Jésus. Obtenez-moi l’esprit d’oraison, l’esprit véritablement intérieur et la plus grande fidélité à la loi du Seigneur. Apprenez-moi à aimer Dieu et le prochain; c’est là toute la loi.

19 mars (neuvième jour)

Ô saint Joseph, si je cherchais dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau tous les saints qui ont été les amis de Dieu; si je relisais la vie de tous les bienheureux qui ont illustré l’Église catholique ; je pourrais dire avec sainte Thérèse, votre fidèle servante, que vous les surpassez tous par les soins que vous avez rendus à Jésus et à Marie, par votre dignité et par le grand nombre de grâces que vous pouvez nous accorder et par la place que vous occupez dans le ciel. Aussi je me jette à vos pieds et vous demande toutes les grâces spirituelles et temporelles que vous savez m’être nécessaires. Je vous confie le soin de mon âme et de mon corps, de ma vie intérieure et extérieure, de la durée de mon existence et du moment de ma mort. Je désire être à votre exemple un ami du Cœur de Jésus, un ami de Notre Dame du Sacré-Cœur, un ami de vous- même. 

Jésus, Marie, Joseph ! ô doux noms, soyez toujours sur mes lèvres !… Que je les chante ici-bas dans les jours de mon pèlerinage, que je les chante en quittant l’exil ! que je les chante a jamais dans l’éternelle Patrie ! Ainsi soit-il.

Litanies de saint Joseph

Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour nous
Saint Joseph, priez pour nous.
Illustre descendant de David, priez pour nous.
Lumière des Patriarches, priez pour nous.
Époux de la Mère de Dieu, priez pour nous.
Chaste gardien de la Vierge, priez pour nous.
Nourricier du fils de Dieu, priez pour nous.
Zélé défenseur de Jésus priez pour nous.
Chef de la Sainte Famille, priez pour nous.
Joseph très juste, priez pour nous.
Joseph très chaste, priez pour nous.
Joseph très prudent, priez pour nous.
Joseph très courageux, priez pour nous.
Joseph très obéissant, priez pour nous.
Joseph très fidèle, priez pour nous.
Miroir de patience, priez pour nous.
Ami de la pauvreté, priez pour nous.
Modèle des travailleurs, priez pour nous.
Gloire de la vie de famille, priez pour nous.
Gardien des vierges, priez pour nous.
Soutien des familles, priez pour nous.
Consolation des malheureux, priez pour nous.
Espérance des malades, priez pour nous.
Patron des mourants, priez pour nous.
Terreur des démons, priez pour nous.
Protecteur de la Sainte Eglise, priez pour nous.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

Il l’a établi le chef de sa maison.
Et l’intendant de tous ses biens.

Prions.

O Dieu, qui, par une providence ineffable, avez daigné choisir le bienheureux Joseph, pour être l’époux de votre Sainte Mère, faites, nous vous en prions, que, l’honorant ici-bas comme protecteur, nous méritions de l’avoir pour intercesseur dans le ciel : Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Les chrétiens en Terre Sainte aujourd’hui : entretien avec l’abbé Ugo Carandino

Nous reproduisons ici un entretien avec l’abbé Ugo Carandino paru en janvier 2024 sur un site internet italien, Il Maccabeo. L’abbé Carandino revient sur l’histoire et l’état actuel des communautés chrétiennes en Palestine, en tenant compte de l’intensification de la guerre depuis octobre 2023. Bonne lecture.

Carte de la Terre Sainte et plan de Jérusalem au temps de Jésus

La situation de conflit permanent opposant Israël et la Palestine fait périodiquement l’objet d’une attention médiatique importante, fluctuant en fonction de l’ampleur et de l’intensité des affrontements. Cependant, derrière et au-delà des bruits des missiles, des déclarations pompeuses, des négociations politiciennes et des accords internationaux, se cache une histoire silencieuse, oubliée et ignorée : c’est la vie des chrétiens en Terre Sainte, une vie difficile et éprouvante, faite de discrimination et d’oppression. Nous avons le plaisir de rapporter sur notre site Il Maccabeo, sous la forme d’un entretien, les considérations de l’abbé Ugo Carandino à ce sujet. Prêtre de l’Institut Mater Boni Consilii, il s’est rendu plusieurs fois en pèlerinage en Terre Sainte, ce qui fait de lui un observateur attentif des événements affectant la vie des chrétiens en Israël et en Palestine.

L’histoire et l’importance des chrétiens en Terre Sainte

Il Maccabeo : Monsieur l’abbé, nous tenons tout d’abord à vous remercier de l’amabilité dont vous faites preuve en vous rendant disponible pour répondre à nos questions. Pour comprendre l’actualité sans s’arrêter à des considérations superficielles, il est nécessaire de connaître le contexte historique des phénomènes que nous étudions. Une idée historique fausse mais commune voudrait que les chrétiens aient, pour l’essentiel, disparu de Terre Sainte avec l’arrivée des armées musulmanes au VIIe siècle. L’épopée des Croisade (à partir du XIe siècle) n’aurait été qu’une sorte de « vengeance », ou tout au plus une entreprise injuste, anachronique et sans espoir. Cependant, nous savons de sources britanniques que dans la première moitié du XXe siècle, les chrétiens de ces terres représentaient encore environ un dixième de la population totale. Qu’est-ce qui a conduit à une réduction numérique aussi drastique que celle que l’on constate aujourd’hui, en l’espace de quelques décennies seulement ?

Abbé Carandino: Le christianisme est né en Palestine et continue d’y exister depuis, alternant des moments heureux et des moments particulièrement difficiles. Une date significative à noter concernant la présence chrétienne en Terre Sainte est le 11 décembre 1917, lorsque les troupes britanniques, françaises et italiennes (il y avait un noyau de carabinieri reali italiens) entrèrent à Jérusalem. L’Empire ottoman fut alors vaincu, et après plusieurs siècles de domination musulmane, la ville sainte et la Palestine (à l’époque la partie septentrionale uniquement) se sont à nouveau retrouvées sous le gouvernement de nations « chrétiennes » (au moins par l’histoire). L’enthousiasme des représentants des différentes Églises (ou plutôt de l’Église catholique et des sectes non catholiques) était au plus haut, des images de soldats victorieux associées à celles des anciens croisés circulaient, et la possibilité de rechristianiser la Terre Sainte apparaissait à l’horizon. Le fait que le général Allenby, commandant britannique, ait fait lire la proclamation de la victoire aux troupes européennes par un frère franciscain a accru les espoirs des catholiques.

Entrée du Général Allenby à Jérusalem, 11 décembre 1917

En effet, la reconstruction de nombreux sanctuaires détruits par les persécutions et les catastrophes naturelles a eu lieu précisément dans ces années-là. L’année 2024 marque par exemple le centenaire de la construction de deux des églises les plus importantes de Terre Sainte, celle de la Transfiguration sur le Mont Thabor et celle de l’Agonie à Gethsémani, deux chefs-d’œuvre de l’architecte Barluzzi. A l’époque, les différentes congrégations religieuses rivalisaient pour ouvrir un établissement dans les Lieux Saints, et les différents gouvernements favorisaient ces colonies. Le gouvernement italien, par exemple, faisait la promotion de la culture et de la langue italienne en Palestine à travers l’ANSMI (Association Nationale d’Aide aux Missionnaires Italiens), fondée par Ernesto Schiapparelli.

Basilique de la Transfiguration, Mont Thabor

De toute évidence, c’était avant tout la composante chrétienne de la population palestinienne – on peut l’estimer à 15 %, avec des pourcentages élevés dans des villes comme Nazareth et Bethléem – qui espérait un avenir radieux, après des siècles de vexation. Mais les revues franciscaines de Terre Sainte ont rapidement identifié le projet sioniste comme une menace pour ces espoirs de restauration. Malheureusement, ces craintes se matérialisèrent, et à partir de 1948 (date de la proclamation de l’État d’Israël) commença l’exode des chrétiens, en particulier de la bourgeoisie, qui représentait une composante qualifiée de la classe dirigeante locale.

Une nouvelle réduction du nombre de chrétiens s’est produite après la guerre des Six Jours en 1967. Si en 1948 les catholiques de rite latin à Jérusalem étaient au nombre d’environ 90 000, aujourd’hui, en y ajoutant les catholiques de tous rites et les chrétiens des différentes « églises », nous arrivons à 9 000 personnes ! Le pourcentage total est aujourd’hui tombé en dessous de 2% et, avec la guerre actuelle, de nombreux jeunes chrétiens, qui ne trouvent pas de perspectives d’emploi ni de sécurité pour leur famille, envisagent sérieusement de partir à l’étranger.

La persécution des chrétiens en Terre Sainte

Il Maccabeo : Vous vous êtes rendu plusieurs fois en pèlerinage en Terre Sainte. Que pouvez-vous nous dire de ce que vous avez observé concernant la vie quotidienne des chrétiens dans ce qu’on appelle l’État d’Israël ? Ici aussi, la vulgate commune dépeint une situation de « tolérance » à l’européenne (issue de idées maçonniques et des Lumières). Cependant, les images récentes et répétées de crachats dans la rue dirigés contre des religieux ou des pèlerins chrétiens, ou même de véritables agressions sont le plus souvent qualifiées par les autorités de chamailleries ou s’ils elles sont punies, le sont de façon très légère, bien en dessous de ce qu’elles mériteraient.

Abbé Carandino : Pour répondre, je me réfère à la réponse précédente, car les espérances déçues et l’occasion de restauration manquée qui suivirent 1917 peuvent nous aider à comprendre la situation actuelle. Aujourd’hui, nous sommes habitués à considérer la présence d’autorités civiles non chrétiennes comme tout à fait normale en Terre Sainte, avec un choix qui se réduit à des institutions juives ou musulmanes. Après la chute de l’Empire ottoman (un des nombreux bouleversements géopolitiques de la Première Guerre mondiale, événement tragique et providentiel pour ceux qui poursuivaient des projets ambitieux), l’organisation politique et sociale de la Palestine pouvait revenir dans le giron du christianisme, et donc faire en sorte que les Palestiniens baptisés se retrouvent doublement « chez eux » (charnellement et spirituellement), protégés par une législation favorable.

Le passage du pouvoir non chrétien des Turcs au pouvoir tout aussi non chrétien des sionistes, qui est particulièrement exclusif, a donné naissance à la situation actuelle. Aujourd’hui, les chrétiens sont considérés comme des invités, dans un déni total de leur double lien avec la Terre Sainte, comme héritiers des premières communautés chrétiennes et comme population locale indigène. Si les manifestations d’intolérance de certains groupes juifs évoqués dans la question touchent particulièrement le clergé (local ou visitant les Lieux saints), tous les chrétiens palestiniens en Israël sont pénalisés par une loi approuvée en 2018, qui définit l’État d’Israël comme « le pays d’origine du peuple juif », dans lequel les non-juifs sont précisément des invités étrangers, plus ou moins bienvenus chez les autres. À la suite de cette innovation législative et du durcissement de la ligne gouvernementale, les cas d’intolérance religieuse envers les bâtiments et les personnes de différentes communautés se sont multipliés ces dernières années dans la vieille ville de Jérusalem, provoquant l’amertume des communautés locales.

La police s’interpose entre des Juifs et le monastère franciscain de la Flagellation, Jérusalem, 4 octobre 2023

Il Maccabeo : Quelle est la condition des chrétiens dans les territoires palestiniens, d’après ce que vous avez observé ou entendu ?

Abbé Carandino : La frustration face au contexte dans lequel ils sont contraints de vivre est évidente, comme le montre par exemple l’histoire d’un jeune homme d’affaires de Bethléem, qui s’est plaint le 8 septembre dernier (2023) de ne pas avoir d’autorisation pour assister à un concert organisé à Jérusalem en l’honneur de l’Immaculée Conception : un court déplacement de quelques kilomètres seulement était rendu impossible par un mur de séparation. Eh bien, je pense que le manque de liberté de mouvement, en particulier pour les jeunes, constitue un fardeau important ; une situation qui rend les relations sérieuses entre jeunes gens encore plus difficiles pour une communauté chrétienne de plus en plus petite qui souhaite fonder de nouvelles familles catholiques.

Évidemment, ce qui s’est déclenché depuis début octobre rend tout plus difficile, tant pour les citoyens israéliens qui sont des arabes chrétiens que pour ceux qui dépendent de l’Autorité nationale palestinienne. Les médias du Patriarcat latin et de la Custodie franciscaine racontent que la méfiance et le ressentiment mutuel entre Israéliens et Arabes sont devenus démesurés, avec des relations sociales de plus en plus tendues, voire interrompues. Pensons par exemple aux mesures gouvernementales particulièrement pénalisantes pour les travailleurs chrétiens qui passaient chaque jour d’une partie de la Terre Sainte à une autre. Cette menace de pauvreté pour certains secteurs s’ajoute à celle, plus générale, causée par le manque de pèlerins et de visiteurs, ce qui a mis à genoux le secteur du tourisme, l’une des principales sources de travail pour de nombreuses familles chrétiennes. Il y a ensuite les milliers de chrétiens de la ville de Gaza, latins et schismatiques grecs compris (ils représentaient avant la guerre 0,05% de la population de la bande de Gaza), qui ont été déplacés depuis octobre dans les structures des deux communautés et qui ont vu leurs maisons bombardées, restant sans aucune perspective d’emploi pour ceux qui parviennent à survivre.

L’avenir des chrétiens en Terre Sainte

Il Maccabeo : En conclusion, quel est l’horizon de résolution de la crise actuelle le plus conforme à la doctrine catholique et à la liberté des chrétiens en Terre Sainte ? Bref, vers quelles intentions devons-nous diriger nos prières et, le cas échéant, quelles perspectives pratiques devons-nous espérer ?

Abbé Carandino : Au cours des siècles passés, les catholiques de Terre Sainte, bien qu’écrasés par la domination musulmane, d’abord arabe puis turque, ont toujours trouvé une aide constante et significative de la part de la chrétienté, qui a favorisé le travail séculaire de la Custodie franciscaine pour la défense des communautés locales et des pèlerins. C’est ce qui manque aujourd’hui, et ce qui manquait en 1917 : non plus des nations catholiques déterminées à sauvegarder la présence chrétienne en Terre Sainte, voire à la faire prospérer le plus possible, mais plutôt des nations apostates englouties dans les sables mouvants de la laïcité, sans aucune intention d’offenser les nouveaux maîtres de la Palestine, et donc insensibles au sort des communautés chrétiennes.

Je vais vous donner un exemple : les gouvernements d’Italie, d’Espagne, de France et de Belgique entretiennent une relation diplomatique particulière avec la Custodie, qui se réduit cependant à de simples actes de présence à certains événements et réceptions. De la part des institutions italiennes, je ne vois aucune intervention pour revendiquer ce que le pape Pie XII demandait avec force et clarté depuis 1948 (et qui est théoriquement encore la position officielle du Saint-Siège), à ​​savoir un statut international pour Jérusalem, capable de garantir la liberté des Lieux Saints et par conséquent la reconnaissance des droits fondamentaux aux chrétiens locaux. A ces omissions s’ajoutent des intentions regrettables : malheureusement, les plus jeunes générations de la classe politique traitent des questions particulièrement complexes et délicates avec une superficialité désarmante, faisant primer l’illusion d’un avantage politique éphémère plutôt que de contribuer à une résolution judicieuse et durable des bouleversements politiques et sociaux qui troublent la Terre Sainte depuis des décennies. L’hypothèse d’un renversement de la structure diplomatique et politique en déplaçant les ambassades de Jérusalem, avancée par certains hommes politiques italiens, en est l’exemple le plus clair et le plus alarmant. Il ne semble donc pas que la solution puisse venir des chancelleries, où se trouvent des hommes d’État incompétents, bien en-dessous des devoirs exigés par leurs fonctions et soumis aux plus forts.

Saint Pie X (Pape de 1903 à 1914) et Théodore Herzl (1860-1904), un des père du sionisme. Lors d’une visite de Herzl au Vatican en 1904, Saint Pie X refusa catégoriquement de soutenir le mouvement sioniste, parce que les Juifs ont refusé de reconnaître Jésus-Christ.

Quant au Vatican, je me souviens des paroles que m’a dites un prêtre cet été en Galilée. C’était un vétéran des pèlerinages, et il jugeait sévèrement ce qu’il considérait comme une politique de prudence excessive de la part du Saint-Siège. En ce sens, je crois que le dialogue interreligieux judéo-chrétien, qui a atteint des niveaux incroyables dans les années 1980 avec Jean-Paul II, n’a pas contribué à l’exercice digne et fructueux de la diplomatie vaticane. J’ouvre une parenthèse pour souligner comment l’esprit missionnaire, même face à une réalité difficile, ne doit pas abandonner l’espoir de conversion à la vraie Foi en la Très Sainte Trinité de tous ceux qui n’ont pas la grâce du Baptême, puisque seul le baume de la grâce sanctifiante peut transformer les hommes et préparer une saine transformation de la société israélienne et palestinienne.

Parue en 2022, cette anthologie rassemble la totalité des discours, homélies, interviews et textes officiels de Jean-Paul II, qui évoquent la question des relations avec le Judaïsme. La couverture nous montre Jean-Paul II face au mur des lamentations, le 26 mars 2000. Parmi les hérésies défendues par Jean-Paul II, on retrouve l’idée selon laquelle l’ancienne alliance avec le peuple juif n’aurait pas été révoquée. Ainsi, les juifs ayant refusé Jésus-Christ pourrait se sauver sans se convertir: L’apostolat de St Paul était donc inutile ?

Revenant à notre discussion, il semble donc qu’il n’y ait, humainement parlant, aucune perspective d’une structure sociale pacifique et équilibrée dans la Terre choisie par Dieu pour l’œuvre de la Rédemption. Les événements qui ont éclaté début octobre dernier ont rendu la situation générale encore plus dure, et l’actualité dramatique concernant la population civile confirme cette perspective, avec le risque réel que le conflit puisse affecter l’ensemble du Proche-Orient.

Cependant, les affaires humaines sont toujours soumises à la Divine Providence, qui peut faire échouer les projets humains de manière inattendue. Nos prières sont donc nécessaires pour demander et obtenir cette intervention divine. Après tout, c’est précisément sur cette terre que nous sommes passés miraculeusement du Vendredi Saint au Dimanche de la Résurrection. Il est évident que la prière doit être la conséquence d’une plus grande attention du public sur le sort de la présence chrétienne en Terre Sainte, actuellement ignorée par les médias.

Prière à Marie Reine de la Palestine

Pour conclure, en paraphrasant les paroles de Pie XI (« Pax Christi in Regno Christi« ), ne nous lassons pas de demander la paix du Christ dans la terre du Christ, à travers l’intercession de Marie Reine de la Palestine, Titre significatif qui fut choisi par l’ancien Patriarche de Jérusalem, Mgr Louis Barlassina, pour consacrer en 1920 le Patriarcat latin de Jérusalem à la sainte Vierge :

Icône de Marie Reine de la Palestine

O Marie Immaculée, gracieuse Reine du Ciel et de la Terre, nous voici prosternés devant votre trône, pleins de confiance en votre bonté et votre puissance infinies. Nous vous supplions de tourner votre regard compatissant vers la Palestine qui, plus que tout autre contrée vous appartient, car vous l’avez comblée de grâces par votre naissance, par vos vertus et par vos douleurs. Et c’est d’elle que vous avez donné au monde le Rédempteur.
Souvenez-vous aussi que c’est là que vous êtes devenue notre tendre Mère et la dispensatrice des grâces. Aussi, veillez sur votre patrie terrestre et protégez-la tout particulièrement, dissipez les ténèbres de l’erreur afin qu’y resplendisse le Soleil de la Justice éternelle, et faites que s’accomplisse la promesse sortie des lèvres de votre divin Fils de former un unique troupeau sous un seul pasteur. Et, à nous tous, obtenez de servir le Seigneur dans la sainteté et la justice tous les jours de notre vie, afin que par les mérites de Jésus et votre aide maternelle, nous puissions au terme de notre vie passer de cette Jérusalem terrestre aux splendeurs de la Jérusalem céleste. Amen.

Saint Louis-Marie Grignon de Monfort (1673-1716): sa vie, son héritage, sa spiritualité

Le 28 avril est un grand jour pour les dévots de Marie. C’est la fête de saint Louis-Marie Grignon de Monfort (1673-1716). Voici un résumé de sa vie, de son héritage, et de sa spiritualité.

Le jeune Louis-Marie

Saint Louis-Marie Grignon de Monfort est né à Montfort-sur-Meu, tout proche de Rennes, le 31 janvier 1673. Il fait son entrée au collège des jésuites Saint Thomas Becket de Rennes à 12 ans : son obéissance, son intelligence et sa charité rayonnent. Aîné d’une fratrie de huit enfants (dont un fils se fit dominicain et trois filles devinrent religieuses), Louis-Marie n’était pas destiné au sacerdoce par son père, qui s’opposa violemment à sa vocation au départ. Néanmoins, en écoutant les récits d’un prêtre local, l’abbé Julien Bellier, sur sa vie de missionnaire itinérant, il fut enflammé de zèle pour prêcher des missions.

La consécration à Marie et le séminaire

À 19 ans, il se consacre entièrement à Marie en faisant le vœu de tout lui confier et de ne jamais plus rien posséder en propre. Il se dira désormais « Louis-Marie de Monfort, esclave indigne de Jésus en Marie ». Il rejoint ensuite Paris à pied en 1693, puis entre au séminaire de Saint-Sulpice en 1695. Son séjour à Saint-Sulpice lui donne l’occasion d’étudier la plupart des ouvrages disponibles sur la spiritualité et, en particulier, sur la place de Marie dans la vie chrétienne, surtout après sa nomination en tant que bibliothécaire. Il a également eu le temps de développer des compétences de catéchiste, notamment auprès de la jeunesse désœuvrée de la paroisse Saint-Sulpice.

Les Filles de la Sagesse

Ordonné prêtre en juin 1700, il célèbre sa première Messe à l’autel de la Sainte Vierge de l’église Saint-Sulpice, puis devient aumônier de l’hôpital général de Poitiers en 1701, avant d’en prendre la direction en 1703. Cette même année, il fonde avec Marie-Louise Trichet la Congrégation des Filles de la Sagesse. La règle de la Congrégation s’exprime en ces termes, montrant que la Croix est au cœur de la spiritualité monfortaine: « La Congrégation de la Sagesse est particulièrement chargée de montrer Jésus-Christ au monde, comme la Sagesse de Dieu, Sagesse qui, par les douleurs, l’indigence, et la folie de la croix, est venue combattre la sagesse orgueilleuse du monde, son estime des richesses et son amour du plaisir« . Avant Vatican II, ces religieuses étaient répandues tout autour du globe, avec trois objectifs principaux, toujours selon la Règle : « 1° l’instruction et l’éducation de la jeunesse ; 2° le soin des pauvres et des malades ; 3° le renouvellement des âmes dans les retraites« . Aujourd’hui, les Filles de la Sagesse de la Maison Sainte-Anne, installée au lieu-dit Saint-Maurice, à 17 km du lieu natal de saint Louis-Marie, forment une communauté restée entièrement fidèle à l’esprit montfortain. Elles expliquent par ailleurs avec raison qu’elles sont « dociles au Magistère des légitimes successeurs de saint Pierre et refusent de suivre la doctrine et les réformes qui ont ravagé l’Église depuis Vatican II ». Vous en apprendrez plus sur leurs activités en visitant ce très bon site.

St Louis-Marie donne l’habit à Mère Marie-Louise

Les missions dans l’Ouest et l’influence contre-révolutionnaire

Entre 1705 et 1716, saint Louis-Marie se consacre à sa vocation de missionnaire dans l’Ouest de la France (Poitou, Bretagne, Anjou, Rochelle), en donnant plus de 200 missions. Il fut rapidement éprouvé par la Croix. Son grand succès a attiré la jalousie d’une partie du clergé, et au début du carême 1706, il lui fut interdit de prêcher davantage de missions dans le diocèse de Poitiers. Il décida donc de partir faire un pèlerinage à Rome, pour demander au Saint-Père, le pape Clément XI, ce qu’il devait faire. Le Pape reconnut sa véritable vocation et, lui disant qu’il y avait de la place pour son apostolat en France et que cet apostolat était même nécessaire, le renvoya avec le titre de Missionnaire Apostolique. Il fut très vite connu à travers la région et au sein des foyers les plus modestes comme « le bon Père de Monfort ». L’impressionnant Calvaire de Pontchâteau, érigé en 1709 à son initiative et avec l’aide d’une foule nombreuse, est un signe admirable de son œuvre dans la région (cf. photo ci-dessous). A nouveau interdit temporairement et injustement de prêcher à cette époque, il approfondit le mystère de la participation au Sacrifice de la Croix et rédige un chef d’œuvre spirituel, la Lettre circulaire aux amis de la Croix.

Calvaire de Pontchâteau, Loire-Atlantique, 50 km au nord-ouest de Nantes

Saint Louis-Marie fonde officiellement la Compagnie de Marie en 1713, dans l’objectif de former des missionnaires pour évangéliser l’Ouest. Les Pères René Mulot (1683-1749) et Adrien Vatel ont fait partie de ses plus fidèles disciples, continuant son œuvre après sa mort. Le Père de Monfort est un grand artisan de l’attachement puissant de l’Ouest français au catholicisme, encore en partie aujourd’hui. C’est pour cela que l’histoire lui attribue une grande part dans la résistance farouche et courageuse à la Révolution française (1789) dans ces contrées (chouannerie, guerres de Vendée). En effet, l’évangélisation des diocèses de Luçon, La Rochelle, Angers et Nantes a permis d’affermir la foi et de faire fleurir une vie chrétienne solide parmi la population, ce qui sema les germes féconds d’une admirable fidélité au catholicisme sur plusieurs générations, et alimentera largement la résistance à la Révolution d’inspiration satanique (non serviam, le refus de Dieu). Les « Mulotins », nom donné aux missionnaires monfortains à partir du nom du Père René Mulot (supérieur de la Compagnie de Marie de 1722 à 1749), ont évangélisé la future Vendée militaire. Malgré leur petit nombre (4 en 1723, et jusqu’à 13 en 1749, sans jamais aller bien au-delà), les missions se succèdent sans interruption jusqu’à la Révolution : on n’en compte pas moins de soixante-dix à quatre-vingts par décennie sur l’ensemble de la région (soit environ 500 missions entre 1720 et 1789), surtout dans les campagnes (cf. carte ci-dessous).

Les notes prises par le Père Pierre-François Hacquet sont très instructives à cet égard. Il dirige de nombreuses missions entre 1740 et 1780 (il prêche dans 274 missions pendant cette période), et il recense les peuples qui ne sont pas réceptifs à la prédication des missionnaires. C’est notamment le cas du sud de la Vendée et des Deux-Sèvres, dont nous savons qu’elles ne prendront presque pas part à l’insurrection de mars 1793. A l’inverse, les lieux où le Père Hacquet trouve un peuple docile et fervent seront des terres d’insurrection contre-révolutionnaire. Il y a donc un lien direct entre succès des missions et terre d’insurrection.

Carte représentant les lieux de missions des « Mulotins », disciples de St. Louis-Marie

La persécution et le rappel à Dieu

Au fil des missions, saint Louis-Marie Grignon de Monfort est persécuté par les jansénistes, qui veulent empêcher son zèle de répandre le sang du sauveur par le cœur de Marie. Il subit trois tentatives d’assassinat et un empoisonnement, qui l’affaiblira jusqu’à sa mort. Sa vie est une vie de dénuement absolu, de persécution universelle et de don total à Dieu par Marie : il a bien fait toutes choses, sans jamais se plaindre. Son dicton : « PAS DE CROIX, QUELLE CROIX! » (réfléchissons-y…).

Lors de sa dernière mission à Saint-Laurent-sur-Sèvre (diocèse de La Rochelle), il rend son âme à Dieu le 28 avril 1716, à 43 ans, sous les coups de la maladie et de l’épuisement, en chantant paisiblement avec les fidèles qui l’assistaient : « Allons, mes chers amis, Allons en Paradis… » Louis-Marie a été béatifié par Léon XIII en 1888, puis canonisé par Pie XII en 1947.

La spiritualité monfortaine

La spiritualité monfortaine a deux piliers: 1) la Croix et 2) la sainte Vierge. Ces deux piliers s’unissent dans la notion de « saint esclavage de Jésus en Marie », par lequel on accepte de renoncer à tout en sacrifiant sa volonté propre en tout et en confiant tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons et tout ce que nous faisons à Marie, en vue d’accomplir la volonté de Dieu. Saint-Louis-Marie Grignon de Monfort est l’auteur d’un grand classique de la vie spirituelle : le Traité de la vraie dévotion à la sainte Vierge. Cette œuvre n’a cependant été découverte et publiée qu’à partir de 1843 – soit plus d’un siècle après sa mort! -, participant grandement au renouveau extraordinaire de la piété mariale qui s’est observé dans la seconde moitié du XIXème siècle et le début du XXème.

St. Louis-Marie Grignon de Monfort en prière devant la sainte Vierge

Voilà l’essentiel de sa pensée sur Marie :
1. Pleine de grâce, elle est le trésor de Dieu. En la louant, on loue le chef d’œuvre de Dieu.
2. Elle a engendré le chef de l’Eglise, elle engendre aussi logiquement les membres, nous.
3. Jésus est venu par Marie. Il s’est incarné avec le consentement de Marie, il s’est fait connaître par Marie, il a fait son premier miracle par Marie, il s’est donné sur la croix par Marie. Ainsi, nous devons de la même manière aller à Jésus par Marie, connaître Jésus par Marie, nous donner à Jésus par Marie. Dieu l’a voulu ainsi.
4. Marie est comme une « relation à Dieu ». Elle est toute relative à Dieu et fait tout pour Dieu et en vue de Dieu. Elle fait sa volonté en absolument tout, sans exception. En l’aimant, en apprenant d’elle et en moulant notre cœur sur le sien par une véritable dévotion à une si bonne mère, on est sûr de grandir en sainteté !

Prières quotidiennes

Prières traditionnelles du matin et du soir

Prière du matin

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit

Mettons-nous en la présence de Dieu et adorons-le

Très sainte et très auguste Trinité, Dieu unique en trois personnes, je crois que vous êtes ici présent. Je vous adore avec les sentiments de l’humilité la plus profonde, et je vous rends de tout mon coeur les hommages qui sont dus à votre souveraine Majesté.

Acte de Foi

Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous avez révélées, et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper.

Acte d’Espérance

Mon Dieu, j’espère, avec une ferme confiance, que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde, et si j’observe vos commandements, le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous l’avez promis, et que vous êtes fidèle dans vos promesses.

Acte de Charité

Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, et par-dessus toutes choses, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous.

Remercions Dieu des grâces qu’il nous a faites et offrons-nous à lui

Mon Dieu, je vous remercie très humblement de toutes les grâces que vous m’avez faites jusqu’ici. c’est encore par un effet de votre bonté que je vois ce jour ; je veux aussi l’employer uniquement a vous servir. je vous en consacre toutes les pensées, les paroles, les actions et les peines. bénissez-les, seigneur, afin qu’il n’y en ait aucune qui ne soit animée de votre amour, et qui ne tende à votre plus grande gloire.

Formons la résolution d’éviter le péché et de pratiquer la vertu

Adorable Jésus, divin modèle de la perfection à laquelle nous devons aspirer, je vais m’appliquer autant que je le pourrai, à me rendre semblable à vous : doux, humble, obéissant, chaste, zélé, patient, charitable et résigné comme vous ; et je ferai particulièrement tous mes efforts, pour ne pas retomber aujourd’hui, dans les fautes que je commets si souvent, et dont je souhaite sincèrement me corriger.

Demandons à Dieu les grâces qui nous sont nécessaires

Mon Dieu, vous connaissez ma faiblesse. Je ne puis rien sans le secours de votre grâce. Ne me la refusez pas, Ô mon Dieu, proportionnez-la à mes besoins ; donnez-moi assez de force, pour éviter tout le mal que vous défendez, pour pratiquer tout le bien que vous attendez de moi, et pour souffrir patiemment toutes les peines qu’il vous plaira de m’envoyer.

Invoquons la sainte Vierge, saint Joseph, notre bon Ange et notre saint
Patron

Sainte Vierge, Mère de Dieu, ma Mère et ma Patronne, je me mets sous votre protection, et je mets toute ma confiance en votre miséricorde. Soyez, ô Mère de bonté, mon refuge dans mes besoins, ma consolation, dans mes peines, et mon avocate auprès de votre adorable Fils, aujourd’hui, tous les jours de ma vie, et particulièrement à l’heure de ma mort.

Très saint patriarche saint Joseph, par cette sollicitude pleine d’amour avec laquelle vous vous êtes occupé en ce monde de Jésus et de Marie, daignez veiller sur notre existence jusqu’au dernier soupir.

Ange du ciel, mon fidèle et charitable guide, obtenez-moi d’être si docile à vos inspirations, et de régler si bien mes pas, que je ne m’écarte en rien de la voie des commandements de mon Dieu.

Grand Saint, dont j’ai l’honneur de porter le nom, protégez-moi, priez pour moi, afin que je puisse servir Dieu, comme vous, sur la terre, et le glorifier éternellement avec vous dans le ciel.
Ainsi soit-il !


Prière du soir

Mettons-nous en la présence de Dieu et adorons-le

Je vous adore, ô mon Dieu, avec la soumission que m’inspire la présence de votre souveraine grandeur. Je crois en vous, parce que vous êtes la vérité même.
J’espère en vous, parce que vous êtes infiniment bon. Je vous aime de tout mon coeur, parce que vous êtes souverainement aimable; et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous.

Remercions Dieu des grâces qu’il nous a faites

Quelles actions de grâces vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour tous les biens que j’ai reçus de vous? Vous avez songé à moi de toute éternité; vous m’avez tiré du néant, vous avez donné votre vie pour me racheter, et vous me comblez encore tous les jours d’une infinité de faveurs. Hélas! Seigneur, que puis-je faire en reconnaissance de tant de bontés? Joignez-vous à moi, Esprits bienheureux, pour louer le Dieu des miséricordes, qui ne cesse de faire du bien à la plus
indigne et la plus ingrate de ses créatures.

Demandons à Dieu de connaître nos péchés

Source éternelle de lumière, Esprit-Saint, dissipez les ténèbres qui me cachent la laideur et la malice du péché. Faites-m’en concevoir une si grande horreur, ô mon Dieu, que je le haïsse, s’il se peut, autant que vous le haïssez vous-même, et que je ne craigne rien tant que de le commettre à l’avenir.

Examinons notre conscience sur les péchés commis pendant cette journée,
envers Dieu, envers le prochain et envers nous-mêmes… en pensées… en
paroles… en actions… en omissions…
Demandons pardon à Dieu de nos péchés

Me voici, Seigneur, tout couvert de confusion, et pénétré de douleur à la vue de mes fautes. Je viens les détester devant vous, avec un vrai déplaisir d’avoir offensé un Dieu si bon, si aimable et si digne d’être aimé. Était-ce donc là, ô mon Dieu, ce que vous deviez attendre de ma reconnaissance, après m’avoir aimé jusqu’à répandre votre sang pour moi ? Oui, Seigneur, j’ai poussé trop loin mon ingratitude. Je vous en demande très humblement pardon, et je vous conjure, ô mon Dieu, par cette même bonté dont j’ai ressenti tant de fois les effets, de
m’accorder la grâce d’en faire, dès aujourd’hui, et jusqu’à la mort, une sincère pénitence.

Prenons une ferme résolution de ne plus pécher

Que je souhaiterais, ô mon Dieu, de ne vous avoir jamais offensé! Mais, puisque j’ai été assez malheureux pour vous déplaire, je vais vous marquer mon repentir, par une conduite meilleure que celle que j’ai gardée jusqu’ici. Je renonce, dès à présent, au péché et à l’occasion du péché, surtout de celui où j’ai la faiblesse de retomber plus souvent. Et si vous daignez m’accorder votre grâce, ainsi que je la demande et que je l’espère, je tâcherai de remplir fidèlement mes devoirs, et rien ne sera capable de m’arrêter, quand il s’agira de vous servir. Ainsi soit-il.
Notre Père, Je vous salue Marie, Je crois en Dieu, Je confesse à Dieu.

Recommandons-nous à Dieu, à la sainte Vierge et aux Saints

Bénissez, ô mon Dieu, le repos que je vais prendre, pour réparer mes forces, afin de vous mieux servir. Vierge sainte, Mère de mon Dieu, et après lui ma plus ferme espérance, saint Joseph, mon bon ange, mon saint patron, intercédez pour moi, protégez-moi pendant cette nuit, tout le temps de ma vie, et à l’heure de ma mort. Ainsi soit-il.

Prions pour les vivants et pour les fidèles trépassés

Répandez, Seigneur, vos bénédictions sur mes parents, mes bienfaiteurs, mes amis et mes ennemis. Protégez tous ceux que vous m’avez donnés pour supérieurs, tant spirituels que temporels. Secourez les pauvres, les prisonniers, les affligés, les voyageurs, les malades et les agonisants. Convertissez les hérétiques, et éclairez les infidèles.
Dieu de bonté et de miséricorde, ayez aussi pitié des âmes des fidèles qui sont dans le purgatoire, spécialement de celles pour lesquelles je suis obligé de prier. Donnez-leur le repos et la lumière éternelle. Ainsi soit-il.

Prière à tous les saints

Âmes très heureuses, qui avez eu le bonheur de parvenir à la gloire, obtenez-moi deux choses de celui qui est notre Dieu et notre Père : que je ne l’offense jamais mortellement, et qu’il ôte de moi tout ce qui lui déplaît. Ainsi soit-il.

Prières usuelles

Pater (Oraison Dominicale)

Pater noster, qui es in cælis : sanctificétur nomen tuum ; advéniat regnum tuum ; fiat volúntas tua, sicut in cælo, et in terra. Panem nostrum quotidianum da nobis hódie ; et dimítte nobis débita nostra, sicut et nos dimíttimus debitóribus nostris ; et ne nos indúcas in tentatiónem.
Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour ; pardonnez-nous nos offenses comme nouas pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne nous laissez pas succomber à la tentation; mais délivrez nous du mal.
Ainsi soit-il.

Ave (Salutation angélique)

Ave Maria, gratia plena
Dominus tecum
Benedicta tu in mulieribus ;
Et benedictus fructus ventris tui, Jesus,
Sancta Maria, Mater Dei,
Ora pro nobis, peccatoribus,
Nunc, et in ora mortis nostræ.
Amen.
Je vous salue, Marie pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous, pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Ainsi soit-il.

Credo (Symbole des Apôtres)

Credo in Deum, Patrem omnipotentem, Creatorem caeli et terrae.
Et in Iesum Christum, Filium eius unicum, Dominum nostrum:
qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine,
passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus,
descendit ad inferos,
tertia die resurrexit a mortuis,
ascendit ad caelos,sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis,
inde venturus est iudicare vivos et mortuos.
Credo in Spiritum Sanctum,
sanctam Ecclesiam catholicam,
sanctorum communionem,remissionem peccatorum,
carnis resurrectionem,
vitam aeternam.£Amen
Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ;
et en Jésus-Christ son Fils unique, Notre-Seigneur ;
qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ;
a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli ;
est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts ;
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois au Saint-Esprit ; à la sainte Eglise catholique ;
à la communion des Saints ;
à la rémission des péchés ;
à la résurrection de la chair ; à la vie éternelle.
Ainsi soit-il.

Confiteor (Confession des péchés)

Confiteor Deo omnipotenti
beatae Mariae semper  Virgini
beato Michaeli Archangelo
beato Joannni Baptistae,
sanctis apostolis Petro et Paulo
omnibus Sanctis
(et tibi Pater)
quia peccavi nimis cogitatione
verbo et opere
mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa
Ideo precor beatam Mariam semper Virginem
beatum Michaelem Archangelum
beatum Joanem Baptistam
Sanctos apostolos Petrum et Paulum
omnes Sanctos et Te Pater
orare pro me ad Dominum Deum nostrum

Misereatur nostri omnipotens Deus
et dimissis peccatis nostris
perducat nos ad vitam aeternam
Amen.

Indulgentiam, absolutionem et remissionem
peccatorum nostrorum
tribuat nobis omnipotens
et misericors Dominus.
Amen.
Je confesse à Dieu
le Père Tout Puissant
à la bienheureuse Marie, toujours Vierge
à Saint Michel Archange
à Saint Jean-Baptiste
aux Apôtres saint Pierre et saint Paul
à tous les Saints
(et à vous, mon Père)
que j’ai beaucoup péché
par pensée, par parole, et par action :
C’est ma faute,
c’est ma faute,
c’est ma très grande faute.
C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie, toujours vierge
Saint Michel Archange
saint Jean Baptiste
les apôtres Saint Pierre et Saint Paul
tous les Saints
(et vous mon Père)
de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Que le Dieu Tout-Puissant nous fasse Miséricorde,
qu’il nous pardonne nos péchés,
et nous conduise à la Vie Eternelle
Ainsi soit-il.

Que le Seigneur Tout Puissant et miséricordieux
nous accorde l’indulgence,
l’absolution
et la rémission de nos péchés,
Ainsi soit-il.

Gloria Patri (Louange à la Très Sainte Trinité)

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.
Sicut erat in principio, et nunc, et semper, et in saecula saeculorum.
Amen.
Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit.
Comme il était au commencement, maintenant et oujouts, et dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

Prière : Pourquoi et comment prier

Sommaire
· Pourquoi prier
— Prier pour se sauver
— Prier pour adorer
— Prier pour remercier
— Prier pour demander pardon
— Prier pour obtenir une grâce temporelle
— Prier pour les autres
· Comment bien prier
· Prières quotidiennes


Celui qui prie se sauve certainement, celui qui ne prie pas se damne certainement.

Saint Alphonse de Liguori
Saint Thérèse de l'Enfant Jésus tenant un chapelet

En 1927, le Pape Pie XI proclame la petite Sainte Thérèse de Lisieux, qui n’a jamais quitté son Carmel, sainte patronne des missions catholiques, au même titre que Saint François Xavier qui a parcouru le monde entier pour prêcher et baptiser. Qu’a-donc bien pu faire la petite Thérèse pour être associée aussi étroitement à l’effort missionnaire par le chef de l’Église ? Du fond de son couvent, elle a prié : par sa prière, elle a converti des âmes, elle a obtenu pour les missionnaires des secours et des forces précieux sans lesquels ils n’auraient pas pu avoir de ministère fructueux et confesser la foi jusqu’au martyre. Par ce patronage entre autres choses, l’Église nous enseigne la puissance de la prière : une prière fervente, bien faite, peut faire pleuvoir sur nous et sur le monde entier de grandes grâces.


Prier pour se sauver

Il est impossible de sauver son âme sans recevoir de Dieu une aide particulière, des grâces actuelles tout au long de notre vie : pour vaincre l’inclination au mal, fuir les occasion de péché, garder la foi, pratiquer toutes les vertus jusqu’à l’héroïsme si les circonstances l’exigent. Cela es impossible par nos propres forces : celui qui se repose sur ses propres forces, se croyant par nature suffisamment fort pour se garder du mal et faire le bien en toutes circonstances, ne tardera pas à chuter, et à chuter gravement. Plusieurs ont commencé de se convertir, ont un temps voulu quitter leurs voies mauvaises et suivre l’enseignement de l’Église, puis se sont lassés en chemin et sont revenus dans l’obscurité et les vices d’où ils avaient voulu sortir : on peut le dire certainement, c’est faute d’avoir suffisamment prié, ou faute d’avoir suffisamment bien prié. Ce secours de Dieu absolument nécessaire au salut, Dieu ne l’accorde qu’à ceux qui le prien avec attention et persévérance. Étant données ces deux grandes vérités : – On ne peut pas s sauver sans le secours de Dieu, – Dieu ne donne son secours qu’à ceux qui le demandent ave persévérance, La première attention et la première occupation du chrétien, après les devoirs d son état proprement dit, doit être de prier Dieu, pour son salut et pour toutes les autres fins de la prière (dont nous parlerons ensuite). Dans les familles vraiment chrétiennes, la prière es présente à tous les moments de la vie. Pour ceux qui viennent d’un monde où l’on ne prie plus, où la prière est considérée même par ceux qui se disent catholiques comme quelque chose d’ennuyeux et de bizarre, la première chose à laquelle ils doivent veiller au moment de se convertir est, après l’abandon du péché mortel et des occasions prochaines de celui-ci, l’édification d’une véritable «vie de prière», c’est le «carburant» nécessaire à la vie spirituelle, la nourriture sans laquelle on finit par chuter et mourir de faiblesse.

Il vaut mieux prier peu et prier bien, que prier beaucoup avec négligence et sans attention. Il vaut mieux prier peu mais prier chaque jour avec régularité, quelles que soient les difficultés qu’on y trouve, que de négliger de prier habituellement et de faire beaucoup de prières dans un moment de ferveur qui ne sera que passager. C’est parce que nous avons besoin chaque jour du secours de Dieu qu’il faut prier chaque jour. C’est parce que Dieu récompense la fidélité et l persévérance qu’il faut prier avec régularité.

Si vous venez ou revenez depuis peu à la foi catholique, nous vous conseillons de commencer doucement, pour être sûr de bien tenir. Il est aussi plus bénéfique de bien prier plutôt que de prier beaucoup mais en étant distrait.

Chapelet

Les neuvaines

Qu’est-ce qu’une neuvaine

Comment réciter une neuvaine

Exemples de neuvaines

« Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26, 41).

« Demandez et l’on vous donnera » (Mt 7, 7).

« Il faut tenir comme de foi, que la prière est nécessaire aux adultes pour leur salut, ainsi qu’il ressort des Saintes Ecritures, parce que la prière est le moyen sans lequel on ne peut obtenir le secours nécessaire au salut »

Sans le secours de la grâce nous ne pouvons faire aucun bien : « Hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5).

Prières de l’Église
Les litanies majeures

Les marques de la véritable Eglise

Visibilité et marques de la véritable Eglise

Notions générales

La visibilité

Nous venons de voir que Jésus-Christ, pour continuer son oeuvre, avait fonder une, et une seule société enseignement visible. Non seulement en ce sens que les membres sont des êtres visibles; mais que la société, comme telle, est constituée par des liens visibles (visibilité de la société, comme société). Ces liens sont au nombre de trois principaux: 1° la profession extérieure de la foi, 2° l’obéissance aux pasteurs légitimes, 3° la participation aux sacrements. Cependant, cela ne suffit pas évidemment pour reconnaître la véritable Eglise, fondée par Jésus, il faut aussi que son caractère d’Eglise du Christ soit visible, reconnaissable. Il faut qu’elle soit visible en tant que société du Christ, fondée par le Christ.

Les trois sortes de visibilité ont été voulues par le Christ pour son Eglise. C’est déjà par les deux premières. Notre-Seigneur a voulu des membres visibles (Il parle de troupeau, famille, etc.). Il a voulu aussi des liens sociaux visibles: les sacrements, rites sensibles extérieurs; la profession de la foi: « Celui qui aura cru et aura été baptisé, sera sauvé. » (Marc, XVI, 16). Or, cette foi, pour amener au baptême, doit être évidemment extérieurement professée; Enfin, l’obéissance extérieure aux chefs: « Si quelqu’un n’obéit pas à l’Eglise, qu’il soit regardé comme un païen et un publicain. » Pour la visibilité en tant que véritable Eglise du Christ, Notre-Seigneur l’a voulu aussi: il oblige, sous peine de damnation, à entrer en son Eglise, à pratiquer sa religion, à obéir aux lois de l’Eglise du Christ. Cela est de nécessité de moyen pour le salut: qui ne croira pas, sera condamné (Marc, XVI, 16); qui n’obéira pas, doit être regardé comme un païen. or, pour cela, il faut bien que l’Eglise du Christ soit reconnaissable, comme telle, visible en tant que société du Christ. Autrement, on ne peut être obligé d’y croire, d’y entrer, de lui obéir. Aussi, pour cela, Il donne à son Eglise des « marques » ou « notes » distinctives. Il dit par exemple: « Soyez ‘un » comme mon Père, et moi, nous sommes « un » » (Jean XVII, 21), « Aimez-vous les uns les autres. A cela on reconnaîtra que vous êtes mes disciples. » (Jean XIII, 34-35). Que faut-il donc entendre par ces marques, ou notes, de la véritable Eglise de Jésus-Christ?

Les marques

On appelle marques ou notes des propriétés visibles en elles-mêmes, qui prouvent et montrent que telle société est l’Eglise fondée par le Christ, c’est-à-dire la rendent visible et reconnaissable en tant qu’Eglise du Christ, et permettent de la distinguer des fausses religions.

Les marques sont de deux sortes:

1° Les marques négatives, dont l’absence montre la fausseté de la société, par exemple: une société ayant une doctrine immorale qui permet l’homicide, ou tout autre crime ne sera pas la vraie Eglise du Christ. Et l’on arrive à la vraie Eglise du Christ par élimination des fausses. Il peut, d’ailleurs, y avoir un grand nombre de notes négatives.

2° Les marques positives, dont la présence montre directement la vérité de telle société, d’après la volonté et les paroles de Notre-Seigneur. On le voit aisément, cette méthode est plus directe et plus rapide: quand on a découvert la vraie Eglise du Christ, il est facile d’éliminer les autres, puisqu’il ne peut y en avoir qu’une.

Pour avoir une note positive, il faut avoir une propriété:

1° essentielle et inhérente à la société qu’il s’agit de montrer, c’est-à-dire, qui soit contenue dans la nature de cette société; c’est, en effet, une des caractères d’une marque, à la différence des miracles ou des signes extérieurs: un miracle s’ajoute à la doctrine qu’il démontre; une marque, au contraire, fait partie de la société qu’elle rend visible.

2° intrinsèquement visible, perceptible par elle-même, plus visible que la chose à démontrer, c’est-à-dire que la vérité de telle société comme Eglise du Christ. La marque diffère ainsi des simple propriétés, comme l’infaillibilité, qui peuvent être propres et essentielles à l’Eglise du Christ, mais ne sont pas extérieurement discernables (et surtout naturellement démontrable en soi puisque c’est une connaissance surnaturelle révélée).

3° Exclusive, c’est-à-dire, ne pouvant appartenir qu’à une seule société, à l’exclusion des autres; soit à cause de la volonté même et de l’institution du Christ, qui l’a déterminée une fois pour toutes; soit par son caractère miraculeux, qui en fait un apanage d’une seule société, Dieu ne pouvant en soutenir qu’un de façon miraculeuse.

Les notes de l’Eglise

Il y a quatre marques ou notes principales de l’Eglise; elles ont été énoncées et présentées comme telles par le Concile de Nicée-Constantinople, dans la rédaction de son symbole (IVe siècle).

Trois sont exclusives par leur caractère miraculeux donné par Jésus: l’unité, la catholicité, la sainteté; la quatrième est exclusive de par la volonté du Christ; et en elle-même, ne peut appartenir qu’à une société: c’est l’apostolicité. Elle présente, d’ailleurs, par le fait de la stabilité qu’elle suppose et entraîne, un aspect miraculeux.

Nous étudierons avant tout chaque marque comme note positive et nous examinerons successivement la volonté du Christ, c’est-à-dire ce que Notre-Seigneur a voulu pour son Eglise; la société où elle se trouve réalisée, en commençant par l’Eglise romaine, à laquelle nous avons le bonheur d’appartenir, et qui possède ces marques comme Notre-Seigneur les a voulues; puis on peut voir, comme confirmation que les autres sociétés ne possèdent pas ces marques: c’est alors l’étude de la marque envisagée comme négative.

Statue de Saint Pierre, Basilique Saint-Pierre de Rome

L’Unité

L’unité voulue par Jésus-Christ

Notre-Seigneur a voulu que son Eglise:

1° Ait l’unité, comme marque distinctive: « Qu’il n’y ait qu’un seul troupeau, un seul pasteur. Que tous soient un, comme mon Père et moi sommes un.« .

Cette unité se manifeste dans la doctrine: « Qu’ils soient un pour que tous croient que vous m’avez envoyé, ô mon Père. », « Une seule foi« , dira saint Paul. Cette unité doit être assurée par le magistère infaillible de saint Pierre: « Celui qui ne croira pas sera condamné » et ne fera plus partie de l’Eglise.

L’unité se manifeste aussi dans le gouvernement avec pouvoir législatif et judiciaire ayant pour tête l’apôtre saint Pierre. « Un seul pasteur; sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. Pais (toi seul) mes agneaux (fidèles) et aussi, mes brebis (pasteurs secondaires) ». Sans cette soumission, on n’est plus de son Eglise, on est comme un païen, un publicain.

Cette unité est aussi une unité de moyens de sanctification: un seul pouvoir d’ordre, et les mêmes sacrements: « Faites ceci en mémoire de moi.« 

2° présente grâce à son unité les caractères d’une marque positive, car elle est un propriété:

a) essentielle et inhérente à la société, c’est la société qui doit être une: doctrine, gouvernement et moyens de sanctification sont les éléments constitutifs de l’Eglise.

b) visible en elle-même: on peut constater aisément cette uniformité d’enseignement, de croyances et de lois.

c) qui, par son caractère miraculeux, ne peut appartenir qu’à une seule société et lui est exclusivement propre.

En effet, cette unité voulue par Notre-Seigneur est un miracle moral, car c’est une unité catholique (universelle): entre les hommes de nations, de caractère, de condition, de sexe, d’âges différents et dispersés par toute la terre: « Allez, enseignez toutes les nations. » Or, on sait combien il est difficile de s’entendre sur des questions aussi importantes que les questions religieuse entre gens de temps, de pays et d’esprits si différents. Dans l’antiquité, chaque religion était nationale, le culte des dieux particuliers étant un élément de la patrie. Comment amener tous ces hommes de tous les temps et de tous les lieux à croire les mêmes vérités, à pratiquer les mêmes devoir et le même culte?

C’est aussi une unité surnaturelle, et non quelconque: « Soyez un comme mon Père et moi sommes un. » Son modèle est donc l’unité même des personnes divines, ce qui est au-dessus des lois ordinaires de la nature morale.

Elle est dans l’Eglise Romaine

L’Eglise romaine, c’est-à-dire la société dont le chef visible est le Pape, évêque de Rome, est en possession de cette marque. Elle possède l’unité voulue par Notre-Seigneur:

1° Unité de foi, conservée par le magistère infaillible. Et cela en tout temps et en tous lieux, non par immobilité routinière, mais dans un développement normal et sans contradiction, comme celui de l’organisme qui grandit ou de la graine qui devient un grand arbre. Cette unité a été conservée malgré les obstacles et les erreurs provenant des impies et des hérétiques, que l’Eglise a toujours rejetés de son sein.

2° Unité de gouvernement: autorité suprême unique du Pontife romain sur les divers diocèses et ordres religieux. Qui ne s’y soumet pas s’exclut par le fait même de l’Eglise.

3° Unité de sacrements et de moyens de sanctification: même pouvoir d’ordre; tout ce qu’il y a d’essentiel dans l’administration des sacrements, le saint sacrifice de la messe, le culte des saints, est commun aux divers liturgies adaptées aux divers temps et lieux; c’est une unité précise et sûre dans une riche variété. Là encore, qui ne s’y soumet pas est exclu de droit.

Cette unité est une marque positive, car elle est visible, inhérente et miraculeuse: une unité aussi parfaite dans une société catholique qui enseigne une doctrine mystérieuse des préceptes difficiles est au-dessus des forces de la nature.

Elle n’est pas dans les autres sociétés

En fait, l’Eglise romaine, seule, possède cette unité. Les autres sociétés ne l’ont pas. Il est, en effet, deux groupes de sectes qui disent aussi venir du Christ: les sociétés protestantes et grecques orthodoxes.

Les églises protestantes

Ces sociétés ne possèdent:

1° Ni l’unité de gouvernement: pas de chef unique, toutes sont indépendantes, les unes des autres; quelques-unes ont même supprimé toute hiérarchie et rejettent l’épiscopat.

2° Ni l’unité de doctrine, à laquelle s’oppose directement le principe du libre examen. Si Bossuet vivait encore, il pourrait rechercher et trouver à l’infini des « variations » entre les multiples sectes: luthériennes, calvinistes, anglicanes, entre leurs branches innombrables et même à l’intérieur de chaque branche.

3° Ni l’unité de culte, brisée par la même raison. On ne s’entend pas sur le nombre et les rites essentiels des sacrements, le saint sacrifice de la messe, et les autres pratiques cultuelles.

Les églises schismatiques orientales

Elles n’ont pas non plus:

1° L’unité de gouvernement puisqu’elles ne reconnaissent pas un chef unique et comprennent quinze ou seize groupes, ayant chacun son autonomie.

2° L’autorité doctrinale universellement reconnue qui puisse interpréter de façon uniforme les dogmes acceptés par toutes et venant des sept premiers conciles œcuméniques o universels (conciles qu’ils jugent légitimes en général). L’existence de ces conciles généraux, seule autorité admise par ces églises, est rendue impossible pour elles en raison de leur séparation même d’avec l’Eglise romaine.

3° Les moyens nécessaires (l’autorité unique et universelle) pour conserver au culte son uniformité essentielle, même si l’unité de culte peut accidentellement perdurer grâce à ce qu’ils ont pu plus ou moins conserver de l’Eglise catholique.

On constate donc que l’Eglise Romaine possède, et possède seule, l’unité voulue par Notre-Seigneur, et, de ce fait, est la seule véritable Eglise de Jésus-Christ.

La Catholicité

Catholicité veut dire universalité. Pour une société, c’est la diffusion dans tout le monde: c’est un grand nombre de fidèles d’une multitude de nations. La catholicité suppose l’unité (il faut que ce soit la même société qui soit répandue), mais elle en diffère: unité dit cohésion, et catholicité dit expansion, diffusion.

Il faut distinguer plusieurs sortes de catholicités:

1° La catholicité de droit ou qualitative: aptitude à s’adapter à tous les temps, pays, climats, âges, mœurs, etc.; force d’expansion de la société.

2° La catholicité de fait ou réelle: diffusion partout en fait. Cette diffusion est absolue, si la société existe dans toutes les provinces absolument et toujours; elle est relative physiquement, si la société est répandue dans toutes les régions connues à chaque époque; elle relative moralement, si elle existe dans un nombre suffisant de régions connues à chaque époque pour pouvoir représenter l’univers entier.

La catholicité voulue par Jésus-Christ

Notre-Seigneur a voulu que son Eglise soit catholique de droit et de fait. On le prouve:

1° Par les paroles, actes, promesses de Notre-Seigneur: « Enseignez toutes les nations (toute créature) jusqu’aux extrémités de la terre. » Il fonde une seule religion, obligatoire pour tous les hommes. Donc, Il veut bien qu’elle se répande partout.

2° Cela correspond au caractère universel donné à l’Eglise par les prophéties faites sur Notre-Seigneur, et qu’il affirme être venu accomplir.

3° Cependant, il n’a pas voulu une catholicité nécessairement absolue, mais une diffusion progressive. Il compare son Eglise au levain, qui, « peu à peu« , fait fermenter toute la masse; au grain de sénevé (Marc, IV, 31), qui, « petit à petit« , germe et devient un arbre, où viennent se réfugier tous les oiseaux du ciel. Il est facile, d’ailleurs, de voir cette progression dans la parole de Notre-Seigneur: « Vous serez témoins à Jérusalem, en Judée, en Samarie et dans le monde entier. » (Actes, I, 8)

4° Il n’a pas voulu non plus, une catholicité physique (puisqu’il laisse le soin de cette diffusion à la liberté humaine, toujours faillible, et dont les moyens sont limités), mais une catholicité relative et morale; diffusion dans un nombre suffisant de régions assez différentes et nombreuses pour représenter l’ensemble du monde connu à chaque époque.

Cette catholicité réalise toutes les conditions nécessaires pour être une marque positive. En effet, elle est:

1° Essentielle et inhérente à l’Eglise du Christ: c’est sa société, qui doit être universellement répandue.

2° Visible au plus haut degré: on constate aisément où une religion est répandue.

3° Propre à l’Eglise du Christ et à elle seule: cette Eglise, par son caractère universel, en face des tendances nationales et particularistes, qui sont bien le mode constant d’agir des hommes en matière religieuse, doit constituer un perpétuel miracle moral.

Elle est dans l’Eglise Romaine

L’Eglise Romaine possède la catholicité, marque positive, en droit et en fait:

1° Catholicité de droit: par sa doctrine, sa constitution, sa morale, elle exclut l’individualisme et est au-dessus du nationalisme; elle peut s’adapter à toutes les races, à tous les temps, à tous les milieux, à tous les pays; les faits eux-mêmes ont prouvé cette possibilité.

2° Catholicité de fait progressive, relative, morale, ce que prouvent: la propagation rapide des premiers siècles « jusqu’aux extrémités de la terre » (Saint Paul), « partout » (Saint Marc, Tertullien); l’existence permanent des missions catholiques dans les diverses parties du monde, à mesure que des nouveaux pays sont découverts et abordables (le fait que cette permanence ait eu lieu suffit [en Amérique au XVIe siècle, en Afrique et en Asie au XIXe et XXe], même si elle n’est plus présente en acte à telle ou telle période de l’histoire comme aujourd’hui par exemple); le nom caractéristique de « catholique », toujours possédé par elle, sans contestation.

Cette catholicité est une marque positive et exclusive. C’est un miracle moral:

1° Pour le prouver, on pourrait d’abord se servir des mêmes arguments que pour la propagation et la conservation du christianisme: il n’y a pas proportion entre les moyens employés et les obstacles à cette diffusion universelle d’une religion mystérieuse et austère.

2° La difficulté, et donc le miracle, augmentent encore si cette diffusion s’étend à des pays, des époques et des milieux très divers. Cette capacité d’adaptation et cette adaptation réelle sans déformation constituent un miracle hors pair. Et, à ce titre, elles ne peuvent appartenir qu’à une seule société, pour laquelle Dieu s’engage ainsi. Donc, l’Eglise catholique possède la catholicité telle qu’elle a été voulue par Notre-Seigneur comme marque positive. Donc, elle est la véritable Eglise du Christ.

Elle n’est pas dans les autres société

Si l’on envisage le point de vue négatif, on constate qu’au contraire les autres sociétés: sectes protestantes, églises orthodoxes, n’ont pas la catholicité:

1° Les multiples fractions du protestantisme ne peuvent y prétendre, car leur multiplicité même et leur désunion les en empêche. Chacune d’elles occupe un ou quelques pays, ici c’est l’une qui est répandue, ailleurs, c’est l’autre. Ce n’est pas la même religion, la même société. Là où il n’y a pas unité, la catholicité est impossible.

2° Les mêmes remarques sont à faire pour les églises orientales; il faut même ajouter que leur ardeur missionnaire est à peu près nulle et que chacune reste confinée dans la partie de l’Orient où elle existe déjà.

Donc seule, l’Eglise Romaine possède la catholicité voulue par Jésus-Christ. Seule, elle est donc sa véritable Eglise.

La Sainteté

Dieu est la sainteté même, c’est-à-dire Il a sa volonté inviolablement fixée en l’amour souverain du Bien, qui est lui-même, et la haine du péché. La sainteté est donc l’union à Dieu: amour et pratique du bien, haine et fuite du mal. L’hommes est saint dans la mesure où il réalise cette union avec Dieu.

Une chose est sainte 1° soit quand elle a un rapport de sainteté avec une personne, comme moyen de sanctification; 2° soit quand elle a appartenu ou touché à une personne sainte (reliques); 3° soit quand elle la représente (images). Une société est dite sainte quand 1° elle sanctifie ses membres; 2° par des moyens efficaces.

Il y a des conditions pour que la sainteté constitue, au profit d’une société religieuse, une marque positive. Elle doit être:

1° Inhérente à la société en tant que groupement: la sainteté des membres comme personnes privées ne suffit pas. Il faut l’influence des principes appartenant à la société et rendant ses membres saints. Mais il n’est pas nécessaire que tous les adhérents soient saints.

2° Visible, soit comme sainteté de principes (lois, institutions, rites du culte, moyens de sanctification), soit comme sainteté des membres, manifestée par leurs actes.

3° Exclusive, ne pouvant appartenir qu’à une seule société, et cela par son caractère miraculeux: non pas sainteté ordinaire, quelconque, mais héroïque, enseignée et proposée par les principes, et surtout réalisée par les membres. Cette sainteté héroïque n’est pas autre chose que la pratique prolongée de toutes les vertus, ce qui, nous l’avons dit, constitue un miracle moral (voir Sainteté de Notre-Seigneur).

La sainteté voulue par Jésus

Notre-Seigneur a voulu que son Eglise ait la sainteté dans tous les domaines:

1° Sainteté des principes: Ceux qu’Il lui donne à répandre, spécialement dans le Sermon sur la montagne, constituent un Code parfait de sainteté, à la base duquel Il place la transformation intérieure, la lutte contre les passions (égoïsme, orgueil, jouissance), surtout l’amour de Dieu et du prochain, et l’accomplissement en toutes choses de la volonté divine. Il promet l’efficacité des moyens de sainteté, spécialement de la prière en son nom: « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom (dans les choses du salut, surtout), Il vous l’accordera. » (Jean, XIV, 13-14; Mt., XXI, 22).

2° Sainteté des membres: ceux qu’il désire dans son Eglise, et les seuls qu’Il récompensera par l’entrée au ciel, sont ceux qui font fructifier, par leurs efforts et les bonnes actions méritoires, les grâces reçues de Dieu (Parabole des talents, Mt., XXV, 14); ceux qui ont préféré le bon grain des vertus à l’ivraie des vices (Parabole de l’ivraie, Mt., XII, 24); ceux qui gardent leur âme revêtue de la robe nuptiale, symbole de pureté et de charité, c’est-à-dire de la grâce sanctifiante (Parabole des invités au festins, Mt., XXII, 1-14).

Or, cette sainteté constitue une marque positive, inhérente, visible et exclusive au sens indiqué ci-dessus. Il suffit de la considérer dans les principes et dans les membres pour voir qu’elle inclut l’héroïsme et suppose souvent le miracle:

1° Dans les principes: amour de Dieu par dessus tout, principe de tous les renoncements: « Celui qui aime son Père ou sa mère plus que moi, et ne renonce pas à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même à sa propre vie, ne peut être mon disciple. » (Mt., X, 37). Mortification continuelle de soi-même, par la lutte contre les passions et les mauvaises tendances: « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il porte sa croix tous les jours de sa vie. » (Luc, IX, 23). Ses disciples sont les pauvres, les purs, ceux qui souffrent persécution pour la justice, toutes choses dures à la nature. Il faut y ajouter quelques préceptes, par exemple, l’amour des ennemis, le pardon des injures, et, pour ceux qu’il y appelle spécialement, les conseils évangéliques: pauvreté, chasteté, obéissance complètes.

2° Dans les membres; leur sainteté doit être parfaite et surnaturelle. Ils doivent se rapprocher de la sainteté de Dieu: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Soyez un (unis à Dieu, et entre vous), comme mon Père et moi nous sommes un. » (Mt., V, 48). Il faut demeurer unis à Dieu, à Jésus, par la grâce sanctifiante, et s’y perfectionner: « Je suis le cep; vous êtes les branches. Demeurez en mon amour. » (Jean, XV, 5), « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jean, XV, 5; car c’est d’une sainteté surnaturelle qu’il s’agit.), « Qu’ils soient un, ô Père, comme nous sommes un: moi en eux, et vous en moi; qu’ils soient consommés dans l’unité, pour que le monde sache que vous m’avez envoyé! » (Saint Jean, XVII, 23). Et saint Paul constate: « Le Christ se livre à Dieu comme Rédempteur, pour se donner une Eglise glorieuse, sans tâche, ni ride, une Eglise sainte et immaculée. » (Ephésiens, V, 27).

Elle se trouve dans l’Eglise Romaine

L’Eglise Romaine possède la sainteté, marque positive, c’est-à-dire la sainteté allant jusqu’au degré héroïque et miraculeux. Soit dans les principes:

1° L’idéal d’abord et la règle à suivre: doctrine élevée et qui dirige toute la morale; lois complètes et parfaites, fermes et précises; conseils. Tout le dogme et la morale traduisent exactement l’idéal de la perfection voulu par Jésus en son Eglise; tout tend à assurer la fuite du péché, la conservation de la vie divine, l’imitation de la sainteté de Jésus.

2° Et, pour y arriver, des moyens puissants sont mis à la disposition de tous: prière, sacrements, sont appropriés aux nécessités diverses de la vie surnaturelle; liturgie et culte rapprochent l’âme de Dieu et lui font puiser aux dogmes et aux mystères de Jésus les leçons de vertus et les grâces surnaturelles qu’ils contiennent.

3° Les multiples ordres religieux offrent aux âmes avides de perfection des voies qui mènent à toutes les forme d’abnégation et de dévouement.

Soit dans ses membres: fait absolument unique, à toutes les époques, sous tous les climats, dans toutes les conditions, elle a eu et elle a des saints à vertus héroïques, allant parfois jusqu’au martyre; elle a des saints à miracles: Saint Martin de Tours, Saint Augustin, Saint Bernard, Saint François d’Assise, Saint Vincent Ferrier, Sainte Thérèse, Saint François de Sales, Saint Vincent de Paul, Saint François Xavier, et, plus près de nous, le Curé d’Ars, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Sainte Bernadette Soubirous, Padre Pio, et tant d’autres, ne sont que quelques anneaux de cette chaîne brillante et sans fin. La liste dressée à grand renforts de précautions et après plusieurs miracles, s’allonge toujours. C’est une des marques les plus éclatantes de la vitalité de l’Eglise romaine, de la valeur surnaturelle de ses principes et la preuve indubitable que Dieu est avec elle.

Mais, dit-on parfois, il y a des désordres et des désordres graves parfois dans l’Eglise romaine. Oui, cela arrive, mais le soin avec lequel les relèvent ses adversaires en montre le caractère relativement exceptionnel. D’ailleurs, ils se produisent non en suivant la morale de l’Eglise romaine, mais en s’en éloignant; on ne peut donc pas les lui imputer, car la sainteté et la vertu restent affaire de liberté et de générosité. Si l’examen des principes catholiques n’avait pas suffi, la sainteté héroïque d’une multitude de bienheureux, prouve assez leur efficacité: ces derniers, et non les autres, sont les témoins authentiques de ce que peut l’Eglise en matière de sainteté. L’Eglise Romaine possède donc la sainteté comme marque positive et absolue.

Les autres sociétés n’ont pas la sainteté voulue par Jésus

Si l’on procède maintenant par comparaison, on constate que, pour les autres sociétés, la sainteté joue comme marque négative. Evidemment, parmi leurs membres, il peut y avoir des âmes de bonne foi, qui mènent une vie honnête et atteignent un certain degré de vertu. Elles le peuvent par les grâces ordinaire, que Dieu ne leur refuse pas, et par certains principes que ces sectes ont en commun avec l’Eglise romaine et ont conservé d’elle au moment de leur séparation; c’est donc, en somme, à l’Eglise romaine que ces résultats doivent être attribués, et non aux sectes séparées, en ce qu’elles ont de propre et de caractéristique. Ce qui le montre bien d’ailleurs (et ceci est frappant), c’est:

1° Qu’aucune de ces sociétés ne peut revendiquer des saints à sainteté héroïque, comme l’Eglise romaine en a toujours produits partout et dans tous les siècles et en produit incessamment.

2° Et que, d’une façon générale, le niveau moral y est bien inférieur à celui de l’Eglise romaine: « On juge un arbre à ses fruits. » a dit Notre-Seigneur. les vrais fruits d’une société sanctificatrice, sont les grands saints, les saints héroïques, les saints à miracle [Peut-il y avoir des miracles en une secte chrétienne séparée? Peu, sans doute; cependant il ne semble pas impossible que Dieu fasse des miracles de pure bonté, en faveur d’âmes religieuses de bonne foi. Mais il leur manquera toujours la relation apologétique avec la doctrine de la secte en tant que spécifiquement distincte et propre: sans cette absence, Dieu ne ferait pas li miracle. Si le miracle a lieu, il met plutôt en valeur ce que la société séparée possède encore de spécifiquement chrétien, c’est-à-dire de commun avec l’Eglise romaine.]. Nous en trouvons beaucoup dans l’Eglise romaine, mais nous n’en voyons :

a) ni dans les sectes protestantes, dont les dogmes, d’ailleurs, sont destructeurs de toute morale (foi sans les œuvres, négation de la liberté) et dont les fondateurs, Luther, Calvin, et Henri VIII, ont été loin d’être des saints.

b) ni dans les églises orthodoxes, grecques ou russes, car, depuis la séparation, elles n’ont pas produit des saints héroïques et n’ont pu manifester la sainteté de leurs principes propres. Les listes mises parfois en avant par elles ont été constituées sans aucun procès canonique ni aucun contrôle et ne présentent pas de saints comparables à ceux de l’Eglise Romaine.

Donc, l’Eglise Romaine, possédant seule la sainteté, voulue par Jésus, est la véritable Eglise du Christ.

L’Apostolicité

Apostolicité veut dire relation avec les Apôtres. Or, une société peut posséder cette relation à divers titres: 1° par le temps, si elle est née au temps des Apôtres; 2° par le lieu, si elle se trouve en un lieu occupé par eux; 3° par la doctrine, si elle enseigne la même doctrine qu’eux; 4° par le pouvoir d’ordre, si ses ministres donnent les mêmes sacrements en vertu du même pouvoir d’ordre qui s’est transmis depuis les apôtres; 5° par l’origine, si c’est véritablement la même société que celle fondée par eux (continuité du groupement); 6° enfin, par le gouvernement, si elle est gouvernée par leurs successeurs.

Il est normal que la société du Christ ait, comme marque distinctive une relation étroite avec les Apôtres du Christ. Mais laquelle de ce liaisons est une note positive?

1° Les quatre premières sortes ne sont que des indications. Il est aisé de le comprendre, car la communauté de temps et de lieu peut exister pour bien des groupements sans qu’aucune relation plus étroite en découle. Avoir, dans l’ensemble, la même doctrine et les mêmes sacrements, tout en indiquant une parenté plus définie, peut être le fait de plusieurs sociétés. Or, Notre-Seigneur et les Apôtres n’en ont constitué qu’une, et une marque positive doit en désigner une seule. Ces sortes de relations ne suffisent donc pas.

2° En revanche, l’apostolicité d’origine et celle de gouvernement nous apparaissent comme: a) inhérentes et essentielles à la constitution même de la société; b) visibles et constatables, par la succession constante des chefs, et l’obéissance des membres; c) possédant aussi une véritable exclusivité. Si Jésus a désigné cette marque et si telle société est celle des Apôtres, nulle autre ne l’est, puisque Jésus n’a fondé qu’un Eglise.

La volonté de Jésus-Christ

Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu:

1° Que son Eglise possède l’apostolicité d’origine. Il a dit à ses Apôtres: « Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. » (Mt., XXVIII, 20). Donc, il veut la continuité, l’indéfectibilité, de l’Eglise dont les apôtres, auditeurs de cette parole, étaient les chefs. Ce sont toujours eux qui qui existeront jusqu’à la fin du monde, vivant dans leur société et leurs successeurs; et Jésus, étant avec cette Eglise, sera avec eux. D’ailleurs, les apôtres le comprirent ainsi, et se choisirent des successeurs, qui devaient continuer leur personnalité morale, être d’autres « eux-mêmes » et faire continuer la même société.

2° Que son Eglise ait l’apostolicité du gouvernement, c’est-à-dire continuité dans la succession des pasteurs. Cette apostolicité, on vient de la voir, est le moyen nécessaire pour la précédente et se prouve par la même parole: « Je suis avec vous« , c’est-à-dire: « La société dont vos successeurs seront les chefs, sera la mienne jusqu’à la fin des siècles. » D’ailleurs, la raison montrait la nécessité de cette marque. Pour savoir clairement que telle Eglise avait reçu sa mission de Jésus-Christ et des apôtres, il n’est pas de meilleure façon que de voir la continuité de la société et la suite de ses chefs depuis les apôtres.

Comment sera assurée cette succession ininterrompue? Par la continuité dans les successeurs du chef des Apôtres: Saint Pierre, transmettant aux chefs secondaires des pouvoirs apostoliques. Ainsi la continuité et l’indéfectibilité dans la succession doivent être assurées par la continuité et l’indéfectibilité des successeurs de Saint Pierre: « Confirme tes frères. Pais mes agneaux, pais mes brebis. » Et, de cette façon, tous les chefs de l’Eglise seront les successeurs du collège des apôtres unis à Saint Pierre.

3° Or, cette double apostolicité, voulue par Notre-Seigneur pour son Eglise, constitue une marque positive, essentielle, visible et propre à la seule société du Christ. Jésus dit clairement: « Qui vous écoute (vous, et vos successeurs, continuant votre personnalité), m’écoute; qui vous méprise, me méprise. » (Luc, X, 16). Son Eglise ne peut donc être que celle des Apôtres et de leurs successeurs (avec la même doctrine essentielle, la même mission, la même structure, le même culte etc.).

L’Eglise Romaine possède l’apostolicité, marque positive

Elle possède l’apostolicité d’origine. Cette société est la même que celle dirigée par les apôtres. On le prouve par l’Histoire, qui en démontre la continuité et l’identité:

1° Elle posséda toujours, sans conteste, le même nom, Eglise catholique romaine;

2° Il est impossible de nommer quelqu’un qui l’eût séparée de l’Eglise du Christ;

3° Au contraire, on suit son histoire continue au cours des dix-neuf siècles écoulés.

Elle possède l’apostolicité de gouvernement. C’est par elle qu’on peut constater plus facilement encore l’apostolicité d’origine.

1° La succession ininterrompue des deux cent soixante et un papes (de saint Pierre à Pie XII), successeurs de Saint Pierre sur le siège de Rome est notoire. Elle est prouvée par les témoignages les plus anciens, et unanimes: Tertullien, saint Irénée, Caius, saint Ignace, saint Clément.

2° D’ailleurs, le siège du Souverain Pontife romain a toujours porté, sans contestation, le nom du Siège Apostolique. Le fait de cette succession est tellement historique que tous, Grecs et Latins, l’admettent. Et les obscurités de la période dite « du grand schisme d’Occident » ou de la vacance formelle du siège apostolique depuis Vatican II qui est due à l’infiltration moderniste dans l’Eglise ne nuisent pas plus à l’apostolicité de l’Eglise Romaine qu’à son unité. Car, concernant le grand schisme (1378-1417), parmi les deux ou trois prétendants, l’un était certainement le véritable successeur de Saint Pierre, dont les pouvoirs se transmirent ainsi au Pape de l’Eglise de nouveau unifiée. Et dans les diverses obédiences (où se rencontrèrent également saints et miracles), on voyait, en celui qu’on regardait comme pape, non pas sa personnalité propre, mais l’unique successeur du Prince des Apôtres. D’un côté, il pouvait y avoir erreur personnelle, mais il restait l’unité formelle: « Ubi Petrus, ibi Ecclesia. »

Même si il n’y avait eu aucune obédience légitime [hypothèse envisagée par le grand théologien enseignant à la Grégorienne Timotheus Zapelena dans son De Ecclesia Christi], c’est-à-dire une vacance formelle du siège apostolique [autrement dit, l’absence d’autorité pontificale en acte], l’apostolicité et la continuité visible de l’Eglise n’aurait pas été affectées. Elles auraient résidé dans la continuité morale d’un corps électoral [corps électoral légitime sur le fondement d’un titre coloré, c’est-à-dire, sur la base de la reconnaissance au moins juridique et factuel du statut de cardinal de ses membres, même à défaut de statut réel: la suppléance de Dieu agissant pour la continuité de son Eglise] capable de désigner à tout moment un successeur de saint Pierre. Il faut donc toujours que le successeur de saint Pierre existe en puissance [qu’il puisse être élu à tout moment par une élection canonique légitime] pour ne pas nuire à l’apostolicité, il n’est pas absolument nécessaire qu’il existe toujours en acte [qu’il y ait un pape légitime qui exerce effectivement sa charge de pasteur en enseignant, gouvernant et sanctifiant les âmes]. C’est aussi ce que le cardinal Cajetan appelle la « puissance ministériellement élective » ou saint Antonin de Florence et le R.P Guérard des Lauriers (et bien d’autres, dont le même Cajetan, le cardinal Bellarmin etc.) « l’aspect matériel de la papauté ». Ainsi dans la crise actuelle de l’autorité dans l’Eglise, les données du sens commun, de la foi et du raisonnement logique nous montrent qu’il n’y a pas de Pape en acte car les occupants du Saint-Siège ont un défaut d’intention objective d’accomplir la mission de l’Eglise. Ce défaut d’intention objectif [indépendamment de leur bonne volonté, c’est une question d’acte extérieur et d’efficacité objective] se manifeste par une défection générale dans l’exercice de leur charge [ils enseignent des erreurs condamnées par l’Eglise, se conduisent habituellement de manière scandaleuse, ils font des lois qui permettent le mal, ils promulguent un culte non catholique, ils ont causé une désertion des églises en laissant le modernisme s’enraciné dans tous les diocèses du monde et en en faisant la promotion etc.], défection évidemment incompatible avec la sainteté, l’unité et l’apostolicité de l’Eglise. En revanche, parce qu’il n’ont jamais été personnellement condamnés par aucune autorité légitime [comme ont pu l’être les protestants ou les schismatiques], qu’il n’ont fait aucune déclaration explicite de séparation de l’Eglise romaine [comme l’ont fait les protestants ou les schismatiques], leur élection ne peut, jusqu’à preuve du contraire, qu’être considéré comme canoniquement légitime. Ils sont élus pour recevoir l’autorité mais font obstacle à sa réception et ne sont donc pas papes. En revanche, il existe à tout moment la possibilité pour qu’il le redevienne en acte ou qu’un nouvel élu le soit en acte. Pour cela, il faudrait que l’élu se convertisse réellement en reniant toutes les erreurs depuis Vatican II et en se disposant objectivement à exercer ce pour quoi le pontificat est fait [enseigner la vérité en continuité et en conformité avec les apôtres, leurs successeurs et Jésus-Christ; condamner les erreurs; promouvoir le vrai culte et les vrais sacrements etc.]. En attendant, la continuité morale et la « puissance ministériellement élective » est suffisante pour sauver l’apostolicité. Comme c’est le cas en période de vacance habituelle entre deux pontificats ou comme ce put être le cas, selon l’avis de Zapelena, durant le « grand schisme d’Occident ». Quand à savoir si les électeurs actuels sont légitimes [étant donné qu’ils ne sont pas cardinaux et que la plupart sont des modernistes qui ne professent pas la foi catholique], nous pouvons dire [comme durant le grand schisme: Zapelena admet que de nombreux cardinaux créés par des obédiences illégitimes ont eu le droit et le pouvoir de voter pour élire Martin V en 1417. Cela malgré le fait d’être de faux cardinaux] qu’ils le sont en raison de leur titre coloré qui est le fondement d’une suppléance divine de juridiction répondant à une exigence absolue: fournir un élu potentiellement capable de recevoir l’autorité pontificale.Cette permanence de la faculté de désigner demeure aussi en eux car aucune sanction légale ne leur a enlevé. C’est peut-être triste, mais n’oublions pas que la réalité l’est souvent: c’est une vallée de larmes…

3° Cette apostolicité est, de par la volonté du Christ et en elle-même, une note positive. De plus, la stabilité du siège de Rome, malgré toutes les tempêtes et les difficultés, présente un caractère exceptionnel qui vient renforcer le caractère exclusif de l’apostolicité; elle constitue, en effet, un véritable miracle moral.

Les autres sociétés n’ont pas l’apostolicité

D’ailleurs, par comparaison, l’Eglise Romaine est bien la seule qui soit celle des apôtres. En effet, pour les autres, l’Histoire nous apprend aisément le nom des novateurs qui les ont privés de la double apostolicité requise. Pour les grecs: Photius (IXe siècle), Michel Cérullaire (XIe siècle). Pour les protestants: Luther, Calvin, Zwingle, Henri VIII.

1° En effet, ils ont séparé ces chrétiens de l’Eglise du Christ et des apôtres. Donc, ce n’est plus la même société, c’en est une nouvelle qui commence: pas d’apostolicité d’origine.

2° Ils ont ainsi commencé une autre succession de pasteurs qui ne puisent plus leur pouvoir de juridiction à la source apostolique représentée par le successeur de Saint Pierre, et dont ils se séparent. Donc, plus d’apostolicité de gouvernement. D’ailleurs, certains protestants (non épiscopaliens) vont plus loin, et rejettent tout épiscopat, donc toute possibilité de succession apostolique.

Donc, l’Eglise Romaine, possédant et possédant seule les quatre marques positives voulues par Jésus, est la seule vraie Eglise du Christ. Les quatre marques ou notes contribuent, si on les réunit, à nous donner comme le visage de l’Eglise et son portrait. Elles s’unissent d’ailleurs en un groupement harmonieux, dont l’unité surnaturelle est pour ainsi dire le foyer: « Qu’ils soient un, comme Nous sommes Un! » 1° Unité avec Dieu: c’est la Sainteté; 2° Unité entre tous les hommes: Catholicité; 3° Unité avec les Apôtres: Apostolicité; 4° Unité enfin avec la hiérarchie actuelle, dans son triple domaine: c’est la marque d’Unité proprement dite.